A la tête du Clos Culombu, Etienne Suzzoni ne se lasse pas des essais sur les cépages autochtones, élaborant sans cesse de nouvelles cuvées. Son fils Paul-Antoine le pousse désormais vers la biodynamie.

Il est intarissable, Etienne Suzzoni, quand il vous raconte 40 ans de vignes au Clos Culombu, la Corse et le domaine du temps de la polyculture, les changements de pratiques avec l’arrivée des rapatriés d’Algérie, le passage d’une viticulture à volume à une stratégie qualité, les premières AOC et le long chemin parcouru contre vents, marées et politique. Quand vous repartez sur le chemin de terre un peu perdu au milieu du vignoble vers la baie de Calvi, vous pensez même avoir tout compris de cette île “amie” si insaisissable. Etienne Suzzoni parle rarement du vignoble corse sans rendre hommage à Christian Imbert “qui a creusé le sillon économique, humain et philosophique, qui a poussé à la réglementation pour obtenir l’AOC, incité à planter niellucciu, sciacarellu, grenache quand on trouvait partout merlot et syrah. A l’époque il n’y avait pas de marché pour les blancs”. Et l’ancien Président de la Chambre d’agriculture de rappeler que la Corse a “un beau patrimoine végétal à mettre en valeur mais les consommateurs n’ont retenu pendant longtemps que les affaires de trafic de cuves d’avant les évènements d’Aléria. Dans ces conditions, il était impossible de parler terroir”. Ils ont pourtant été quelques-uns à le faire, toujours autour de Christian Imbert. Il a fédéré avec l’UVA Corse ceux qui travaillaient bien. Etienne Sueozoni comme ses amis vignerons, Antoine Aréna, Pierre Acquaviva, Yves Leccia, Yves Canarelli…en fait partie depuis le début. “Aujourd’hui, on a une belle image et un riche potentiel mais on ne valorise pas encore assez, surtout l’AOC Calvi qui a eu du mal à exister. Heureusement, nous sommes peu nombreux et nous nous entendons bien”.

La passion des vieux cépages

Les premières vignes ont été replantées au Clos Culombu en 1973 par le frère d’Etienne, Paul. Avant, quelques ceps poussaient çà et là entre mer et montagne. La majorité des 55 ha sont désormais en cépages autochtones et Etienne, qui a repris la conduite de la propriété, achète du foncier par petits bouts depuis 30 ans. Il s’amuse encore à dénicher des raretés comme les cépages blancs de camellu, brushiano, cualtacciu… et va planter d’autres pieds de carcajohlo et minustellu pour les rouges. Certains ne sont pas encore autorisés et toujours en test au CRVI, le Centre de Recherche de la Viticulture Indigène. La difficulté réside souvent dans l’utilisation de ces vieux cépages tant bichonnés dans les assemblages alors qu’ils sont limités à 10% maximum dans l’appellation. Le viticulteur a donc pris le parti sur certaines cuvées de s’affranchir de l’AOP pour élaborer son Clos Culombu en Vin de France et étendre sa production en négoce, notamment avec les raisins de Talone pour les cuvées Tribbiera. Il a même acheté des jarres italiennes pour faire des tentatives d’élevage sur le carcajohlo, le marescone et le minustellu… Sans être encore convaincu par les résultats.

Avec Paul-Antoine vers la biodynamie

Le domaine est passé à l’étage supérieur avec le bio certifié depuis 5 ans, même si il n’utilisait pas de désherbant auparavant. La nouvelle cave majestueuse, construite en 2010 tout en métal, bois, verre et béton brut, était devenue indispensable pour respecter le cahier des charges. Elle est de surcroît orientée plein sud pour optimiser l’installation photovoltaïque afin que l’exploitation devienne autonome sur le plan énergétique. Depuis quelques mois, Etienne Suzzoni n’a pas labouré ses vignes pour préserver la microflore, a adopté une machine qui brosse les pieds des ceps et écrasé l’herbe, a choisi un enherbement d’hiver, et investit dans des cuves pour développer des sélections parcellaires. La biodynamie sera la prochaine étape impulsée par son fils Paul-Antoine, qui a suivi le cursus Oenologie de l’école de Changins en Suisse et qui vient de le rejoindre.