(Photo archives AFP)
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Déjà plongés, comme nombre d’autres commerçants, dans la tourmente ces derniers mois, les cavistes essuient un nouveau coup dur avec le Coronavirus. Officiellement autorisés à rester ouverts pour effectuer vente à emporter et livraisons, certains préfèrent fermer par prudence, d’autres mettent en place un maximum de précautions. En attendant les préconisations du discours présidentiel de ce soir.

Ouvrir ou baisser le rideau ? Tel est, depuis ce week-end, le dilemme de grand nombre de cavistes en cette période trouble de Coronavirus. Samedi dernier, le Premier ministre Édouard Philippe, annonçait “la fermeture à compter de minuit de tous les lieux recevant du public, non indispensables à la vie du pays, […] notamment les restaurants, cafés, cinémas, discothèques” ainsi que “tous les commerces à l’exception des commerces essentiels”, dont “les magasins et marchés alimentaires […]” Le lendemain, un arrêté publié au Journal Officiel, signé du ministre de la Santé Olivier Véran, entérinait cette annonce. “L’arrêté ministériel de fermeture des commerces qui nous laissait croire que les cavistes pouvaient ouvrir, a fait l’objet d’interprétations différentes de la part des forces de police”, expliquait ce matin Jean Guizard, président de la Fédération des Cavistes Indépendants (FCI) et caviste dans l’Hérault, rappelant que nombre de cavistes avaient été sommés de fermer par les forces de l’ordre. Un constat que corroborait Patrick Jourdain, caviste en Auvergne et président du Syndicat des Cavistes Professionnels (SCP), qui regroupe à la fois cavistes indépendants et réseaux. En ce lundi, la situation a finalement été clarifiée par un arrêté du Ministre de la Santé qui autorise “l’ouverture des commerces de détail de boissons en magasin spécialisé”, dont font partie les cavistes.

De la responsabilité de chacun

“Samedi, dans l’attente de texte législatif clair, nous avions appelé chaque caviste à juger en fonction de sa responsabilité citoyenne et à ouvrir selon le contexte qui est le sien. Aujourd’hui, ma position est toujours identique, affirme Patrick Jourdain, mais tout change à la vitesse de l’éclair en ce temps de crise.” Pour l’instant donc, ouvrir est possible certes, “mais pas au détriment du bon sens”, tempère-t-il. Il invite ainsi à appliquer des mesures rigoureuses pour faire barrage au virus, qu’il s’agisse par exemple de faire rentrer un seul ou peu de clients à la fois, saluer sans se serrer la main, mettre à disposition un point sanitaire à l’entrée, se laver les mains très régulièrement, privilégier les règlements en carte bancaire, désinfecter régulièrement poignées de porte et terminal de paiement, aérer fréquemment, afficher les mesures de prévention prises sur la vitrine…

A la Fédération des Cavistes Indépendants, Jean Guizard constate que “de nombreux Français n’ont pas encore pris la mesure de la gravité de la situation. Or, elle est assez grave pour qu’on oublie tout, même le commerce, pour un temps”. C’est en ce sens qu’un communiqué de la FCI paru ce jour, tout en saluant la “marque de confiance que le gouvernement accorde à nos métiers de commerce de proximité”, recommande néanmoins vivement “à l’ensemble de nos confrères, en raison de l’ampleur de la pandémie de Coronavirus, de ne pas ouvrir leurs commerces par acte responsable et citoyen, pour se protéger et protéger les autres. Le plus important est de privilégier avant tout la santé des personnes qui nous entourent. Par esprit de solidarité envers les personnes qui ne peuvent se déplacer, nous suggérons uniquement à ceux qui peuvent le faire, dans des conditions sanitaires rigoureuses, de mettre en œuvre des solutions de livraison ou de click and collect.”

Avec quelques semaines d’avance, la Fédération des Cavistes italiens, qui entretient des liens forts avec les cavistes français, a permis un retour d’expérience sur l’activité commerciale en période de pandémie. Proposant souvent également des produits d’épicerie, les cavistes italiens, pleinement considérés comme commerces alimentaires, ont pu rester ouverts et ont proposé de livrer leurs clients. Mais ont bien souvent fermé du fait du manque d’affluence et de la concurrence des sites de vente en ligne. Pour contrecarrer la baisse d’activité commerciale, la FCI invite également les cavistes à s’inscrire sur la plateforme collective “Caviste Authentique” afin de pratiquer la vente en ligne sans avoir besoin de créer son propre site marchand.

Quelles aides pour les caves fermées ?

“Après l’épidémie, la survie des petits commerces va être la deuxième guerre à mener”, rappelle Jean Guizard. Face au Coronavirus, le Gouvernement met en place des mesures immédiates de soutien, d’ordre aussi bien fiscal que social ou bancaire, pour permettre aux entreprises d’affronter cette période noire (délais de paiement d’échéances sociales et/ou fiscales, dans les situations les plus difficiles remises d’impôts directs, soutien de la banque de France pour négocier des crédits bancaires, garantie des lignes de trésorerie bancaires, maintien de l’emploi par un chômage partiel simplifié et renforcé, appui du médiateur des entreprises pour traitement des conflits avec ses clients et/ou fournisseurs, reconnaissance par l’État du Coronavirus comme cas de force majeure…)