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[Entretien] Pourquoi Louis Jadot rachète le Crémant Louis Picamelot ?

Thomas Seiter ©Louis Jadot ©Etienne Ramousse

Thomas Seiter ©Louis Jadot ©Etienne Ramousse

Auteur

Yves
Tesson

Date

29.01.2026

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La Maison Louis Jadot vient d’annoncer l’acquisition de l’une des plus anciennes maisons de Crémant de Bourgogne, Louis Picamelot, fondée en 1926 et dirigée depuis 1987 par Philippe Chautard, le petit fils du fondateur. Thomas Seiter, le président de la Maison Louis Jadot nous en dit plus sur la manière dont cette acquisition s’inscrit dans la stratégie du groupe qui prend position pour la toute première fois sur le marché de la bulle .

Louis Jadot en rachetant la Maison Louis Picamelot investit pour la première fois dans la production de Crémant, qu'est-ce qui a motivé cette diversification ?

L’ambition de Louis Jadot est de rester un acteur emblématique de la Bourgogne, et quand je parle de la Bourgogne, je parle de la grande Bourgogne. En effet, sous les étiquettes de notre marque, il y a bien sûr toujours eu les plus grands vins historiques de la Côte d’Or, qui constitue notre berceau initial, mais nous commercialisons également la presque totalité des appellations qui vont du Chablisien jusqu’au Beaujolais. Sur certains bassins d’appellations, nous avons aussi voulu depuis longtemps nous appuyer en plus sur des domaines emblématiques, avec leur propre identité, comme le Château des Jacques dans le Beaujolais, ou le domaine Ferret à Pouilly-Fuissé. On a ainsi d’un côté le vaisseau amiral « Louis Jadot » et de l’autre des petites pépites, des domaines qui font référence sur des bassins d’appellations identifiés. Et c’est dans le prolongement de cette démarche que nous avons acquis la Maison Louis Picamelot, qui représente elle aussi une vraie référence de l'appellation Crémant de Bourgogne.

On l’a vu l’année dernière, les Crémants de Bourgogne connaissent un essor des ventes considérable, est-ce que vous y voyez un relais de croissance ?

Non, ce n’était pas l’objet. Les discussions ont commencé avant cette explosion des ventes. Picamelot reste et restera une petite maison premium. Aujourd’hui, elle commercialise entre 150 et 200.000 bouteilles et nous ne souhaitons pas la transformer en autre chose que ce qu’elle est en doublant les volumes. Nous resterons dans la même lignée, en continuant à approfondir le travail remarquable sur la qualité réalisé par Philippe Chautard. C’est une maison qui est en effet très représentative de l’approche bourguignonne, parce que ses crémants mettent eux aussi en avant des parcellaires. Nous sommes par ailleurs sur des vieillissements sur latte plutôt longs, atteignant parfois cinq à six ans, bien au-delà du minimum requis par l’appellation. Enfin, une partie des vins est vinifiée sous bois, et nous n’hésitons pas parfois à bloquer les fermentations malolactiques pour garder de la fraîcheur en fonction du profil du millésime.

Sur quels marchés cette maison est-elle positionnée ?

Elle est d’abord orientée vers le marché français où elle est très forte et où elle est principalement présente dans la restauration. Elle est en revanche totalement absente de la grande distribution, et elle le restera. Elle exporte aussi un peu sur les marchés européens limitrophes. Notre intention est de maintenir les partenaires commerciaux historiques. Sur ce point également le rachat par Louis Jadot ne va pas tout bouleverser. Il y aura toutefois peut-être une légère évolution en nous positionnant un peu plus à l’export. Je pense en effet que le marché français peut devenir compliqué et que s’il fonctionne si bien en ce moment pour le crémant, c’est d’abord à cause des difficultés que connaît le champagne.

J’imagine toutefois qu’en complétant la gamme de vos vins avec un crémant, vous pouvez renforcer votre position auprès de certains distributeurs ?

Il ne manquait rien, nous n’avions pas spécialement de demande, même si je pense que nos distributeurs seront ravis si on leur en propose désormais un crémant. Si nous nous étions inscrits dans cette logique, cela n’aurait pas été une petite maison que nous aurions acquise, mais une marque avec une volumétrie beaucoup plus importante, capable de représenter un business significatif.

La Maison possède-t-elle des vignes ?

Oui, 20 hectares. Ces vignes sont principalement autour de Rully, en Côte Chalonnaise, où se trouve le siège de la maison, il y en a aussi en Côte de Beaune, à Meursault, à Chassagne… Là où Philippe Chautard a été précurseur, c’est qu’il a aussi planté des vignes à Talant, dans la périphérie de Dijon, en créant le fameux Clos Eudes III. On notera que sur les 20 hectares, cinq sont loués et ne sont pas destinés à la production de crémant. La Maison achète aussi un peu de raisin.

Qu’en est-il de son outil de production ?

Il est très récent. Il a été mis en service en 2019. La Maison a acquis une ancienne carrière de pierre qu’elle a métamorphosé en cuverie moderne entièrement creusée dans la roche. En termes de maintien des températures et de l'hygrométrie, les conditions sont idéales.