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Pouilly-Fuissé : Domaine Ferret, le talent des femmes

Auteur

Frédérique
Hermine

Date

02.07.2020

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Le domaine Ferret, au cœur du Mâconnais, doit beaucoup aux femmes : Jeanne puis Colette Ferret, et désormais Audrey Braccini qui l’a repris en main dès son entrée dans la galaxie Jadot en 2008. Elle en a fait une véritable pépite aux vins précis et intenses, devenant l’une des meilleures ambassadrices du Pouilly-Fuissé.

L’histoire a commencé en 1840 par les hommes : Antoine, l’arrière grand-père Ferret, instituteur et polyculteur – son sceau est encore apposé sur la bouteille – puis son fils Jean-Alfred qui a donné le nom à la maison, dentiste et viticulteur à l’époque de la création de l’appellation Pouilly-Fuissé en 1936. Mais c’est sa femme Jeanne qui va marquer l’histoire de la maison en initiant les vinifications parcellaires qui ne se pratiquaient pas à cette époque, en décidant la mise en bouteilles à la propriété dès 1942 et en lançant dans les années 70 la classification de « tête de cru » et « hors classe  » Jeanne, femme au caractère bien trempé, confie à plus de 80 ans le domaine à sa fille Colette, plus discrète, au début des années 90 ; elle s’attachera à mettre l’accent sur l’élevage jusqu’à sa disparition en 2006. « A cause de la maladie de Colette Ferret, le domaine tournait un peu au ralenti les dernières années, même si la cuverie avait été rénovée en 2003, reconnaît Audrey Braccini. Il vendait surtout en moûts et en vrac, notamment à la maison Louis Jadot« .

Un domaine très convoité

Jacques Lardière, le maitre de chai pendant 40 ans de la grande maison bourguignonne, avait d’ailleurs noué des liens très forts avec Jeanne et Colette Ferret. L’une des raisons qui a sans doute joué en faveur de la maison Jadot lorsqu’il s’est agi de racheter le domaine très convoité. Jadot possédait déjà 3,5 hectares voisins en Pouilly-Fuissé acquis en 2004, qui se sont additionnés au domaine de 14 hectares, morcelé en pas moins d’une cinquantaine de parcelles. « Jadot produit du pouilly-fuissé depuis le début de la Maison et nous sommes l’un des principaux producteurs de l’appellation, vendue surtout à l’export et en particulier aux Etats-Unis, commente Thibault Gagey, directeur général adjoint. Quand on est autant impliqué, le Graal est bien sûr d’acheter des vignes. Mais il a fallu patienter et attendre une opportunité. Nous avons emporté le dossier car nous avions un véritable projet de continuité ».

Continuité et renouveau

Les vins sont toujours en bouteilles vertes, aujourd’hui atypiques dans la région, et ont conservé l’étiquette historique du domaine. Les pratiques culturales ont cependant évolué tout comme les méthodes d’élevage avec différents essais ces dernières années, notamment en œufs béton variant selon l’année et la parcelle et même si l’élevage en bois reste de mise pour les grandes cuvées. « Il a fallu surtout réorganiser le domaine, recréer du lien entre les équipes en repensant l’acheminement, construire une nouvelle cave en 2012, précise la brillante et discrète œnologue. Nous sommes en HVE depuis cette année et nous démarrons la certification en bio qui ne fera que valider nos pratiques car nous travaillons les sols et l’enherbement depuis longtemps, même si ça n’était pas aussi facile il y a 15 ans en Bourgogne ». Le domaine a commencé également à s’orienter vers la biodynamie.

Nous avons aimé :
De toutes les appellations bourguignonnes, Pouilly-Fuissé apparaît la plus variée en termes de géologie (calcaires, argiles, marnes, schistes, grès) et Ferret avec ses parcelles disséminées sur l’ensemble de l’AOC en est devenu naturellement l’un des meilleurs ambassadeurs, dans l’attente du prochain classement en crus. Il devait être validé cette année ; Covid faisant loi, il nécessitera un délai supplémentaire.
Le pouilly-fuissé 2018 est un assemblage d’une trentaine de parcelles, élevé pour partie en cuves et près de la moitié en fûts (sans bois neuf). Souple et élégant sur la rondeur, floral et minéral sur des arômes de chèvrefeuille, fleurs d’acacia, de noisette, légèrement épicé (25,40€). A goûter sur crustacés, fruits de mer, poissons grillés, chèvre frais
Le pouilly-fuissé Tête de Cru Le Clos sur 69 ares au pied de l’église, le plus petit parcellaire de Ferret, devrait être intégré dans l’appellation Premier cru des Perrières même s’il continuera à être vinifié séparément. En 2018 (élevé en partie en œuf béton, 20% en fûts neufs), fin et caressant sur des notes de fleurs d’acacia, d’amande, ample et rond tout en gardant sa fraîcheur et sa tension (33,30€). A goûter sur un poisson au beurre blanc, des crustacés, un feuilleté d’escargots, un fromage à pâte molle
Autres pépites, les pouilly-fuissé Tête de Cru Clos des Prouges et le Hors Classe Tournant de Pouilly. Le domaine produit également des macon-fuissé, macon-solutré et saint-véran particulièrement frais et ronds.

www.domaine-ferret.com

Ci-dessous : Audrey Braccini et Thibault Gagey