Face à la crise du Covid-19, les Vignobles Gabriel & Co font un don de 10 000 euros à la Fondation Recherche Médicale. Au-delà du geste, ce regroupement de vignerons bordelais bouscule les codes avec l’objectif d’intégrer le vin dans le commerce équitable. Est-ce le modèle de l’après-confinement ? Qui sont-ils ? Comment ça marche ? Sont-ils labellisés ? Et résistent-ils à la crise des vins de Bordeaux ? Terre de Vins sort sa loupe.

“Nous sommes une entreprise avec une dimension éthique puisque nous sommes dans le principe de juste rémunération du producteur, donc nous avons trouvé légitime de faire un modeste don à la Fondation Recherche Médicale”, explique simplement Jean-François Réaud.
C’est lui, Vignobles Gabriel & Co. Du moins, il préfèrerait entendre dire que ce sont eux, tous les vignerons fédérés au sein de cette structure originale. Gabriel, c’était le prénom du trisaïeul de Jean-François Réaud, un paysan basé sur la commune de Saint-Aubin-de-Blaye qui faisait un peu de négoce de vins pour arrondir les fins de mois. De nombreuses décennies plus tard, Jean-François hérite de la propriété, le Château Grand Moulin, avec 7 hectares de vignes d’ugni-blanc, des vaches à lait et une pile de fumier au milieu de la cour. Nous sommes en 1985, Réaux se retrousse les manches, se spécialise dans la production des vins de Bordeaux, élargit considérablement son vignoble tout comme son réseau de distribution, notamment en Asie. Trente ans plus tard, il pèse une centaine d’hectares sur deux propriétés dont l’une en bio. Une fois l’entreprise sur les rails, il passe la vitesse supérieure. “Dans les archives de Gabriel Bruneteau, j’ai trouvé des livres de comptes avec des habitudes d’achats auprès de viticulteurs, il y avait une certaine fidélité, une entre-aide, ça m’a donné des idées”, raconte Jean-François Réaud.

Un partenariat trasnsversal

Vignobles Gabriel & Co prend naissance à la fin des années 90 et regroupe aujourd’hui plus de trente propriétés en grande partie dans les Côtes de Bordeaux (voir le site). Le partenariat est transversal, de la vigne jusqu’à la distribution. Une charte de qualité est fixée, des vignobles sont en conventionnel, en bio, d’autres en biodynamie et la mise en bouteille comme la commercialisation sont mutualisées. “Nous avons créé un modèle hybride avec des vignerons indépendants qui produisent leurs vins, on achète du matériel en commun et on embouteille avec notre ligne mobile”, souligne Jean-François Réaud. 80% des partenaires mettent 100% de leur production chez Gabriel & Co. Mais qu’en est-il de la rémunération ? Un contrat permet un plus juste partage des richesses avec des critères de fidélité, d’exclusivité, de volumes et de qualité. “Le prix du tonneau n’est pas indexé à celui de la place de Bordeaux mais à la qualité du vin par une dégustation à l’aveugle d’un collège de dégustateurs externalisé (chambre d’agriculture et laboratoire œnologique)”, précise Réaud (photo ci-dessous). A l’image du commerce équitable, l’idée est que le producteur soit intéressé au succès de son vin. Encore faut-il tenir la route en termes de distribution ?

Là aussi, l’union fait la force à l’ultime étape de la commercialisation, le nerf de la guerre. “J’avais monté un réseau mais c’est avec Gabriel & Co que j’ai pu le développer, avec des volumes, des références, des garanties qualitatives et éthiques, une offre sécurisée, Carrefour est notamment un important client”, explique JFR. La structure compte aujourd’hui près d’un millier d’hectares pour une production annuelle de 6 millions de bouteilles. Face à la crise des vins de Bordeaux, Gabriel & Co ne fait pas de miracles mais résiste. “La valeur ajoutée au producteur a un coût, notre prix du tonneau n’a rien à voir avec celui de la place de Bordeaux, 1300 contre 800 euros, alors c’est d’autant plus dur en ce moment, toutefois on se bat en s’adressant de plus en plus au consommateur final en exposant notre démarche pour qu’il devienne un prescripteur”, confie Réaud. Et cette nouvelle marche à gravir est celle du label puisque Gabriel & Co a entamé des démarches via Ecocert pour faire partie des produits du commerce équitable Fair for Life. “Ce serait une première pour les vins français”, insiste le descendant de Gabriel Bruneteau. Puisque l’on parle de vivre autrement à l’heure du déconfinement, allons-nous prononcer Gabriel & Co de la même voix grave que Malongo ? Il pourrait y avoir du nouveau dès le mois de juillet. Terre de Vins est sur le pont.

www.vignoblesgabriel.com