La belle Alsace a tant souffert de la pandémie du Covid-19 que le domaine Marcel Deiss de Bergheim a décidé de prendre part à l’élan de solidarité à l’égard des professionnels de santé. Un lot de la cuvée Alsace Complantation 2018 leur est dédiée. Elle arbore une étiquette bleue signée Mathilde de l’Ecotais.

Au sein de la famille Deiss, qui a eu l’idée de cette cuvée à l’éclatante étiquette bleue ? « Difficile à dire », répond Mathieu Deiss, un peu tout le monde, on devait faire quelque chose. » Lors du confinement, la famille Deiss s’est trouvée un peu plus souvent réunie que d’habitude à Bergheim (Haut-Rhin) et tous ont eu le temps de parler, de déguster, d’échanger. Jean-Michel et Marie-Hélène ont laissé s’exprimer la nouvelle génération, Mathieu et sa compagne Emmanuelle.

« Cela nous paraissait nécessaire de prendre part à cette démarche caritative pour venir en aide à ceux qui chaque jour prennent des risques pour sauver nos familles, nos amis. Cette action altruiste a éveillé en nous le désir de nous impliquer davantage. L’idée d’une cuvée solidaire nous est alors apparue comme une évidence, la goutte d’eau du colibri face à l’incendie de sa forêt » explique Mathieu, en précisant qu’il fallait absolument une étiquette spécifique. Et là le choix de la designeuse Mathilde de l’Ecotais a été presque évident, puisqu’elle est très impliquée dans le collectif #ProtegeTonSoigant. Celle qui a signé les illustrations du « Grand livre des desserts et pâtisseries d’Alain Ducasse » (éditions A. Ducasse, 2002) est déjà une collaboratrice de la famille, car elle a dessiné les étiquettes du « Vignoble du Rêveur », l’autre domaine de la famille Deiss dont Mathieu a pris la direction, indépendamment du travail avec son père au domaine Marcel Deiss.

Une étiquette originale

L’étiquette ne laisse pas indifférent avec son côté graphique, sa quasi-absence de texte et bien sûr sa couleur vive en différentes nuances de bleu. C’est en fait un cyanotype, une technique ancienne de tirage photographique mise au point par Sir John Hershel en 1842, qui au lieu de faire appel aux sels d’argent, utilise un mélange de citrate d’ammonium ferrique et de ferricyanure de potassium, source de ces lumineuses nuances bleu de Prusse. Il faut regarder la contre-étiquette pour savoir ce qu’elle contient. C’est la cuvée Alsace Complantation, le socle qui caractérise la philosophie du domaine Deiss. Elle a été choisie spécialement car elle symbolise, par l’union des 13 cépages alsaciens, l’harmonie collective dans le respect de la diversité.

Complantation : 13 cépages

Riesling, gewurztraminer, muscat, pinot-gris, bien sûr sont les cépages les plus connus. Mais l’occasion est ici donnée de se rappeler qu’il y a en effet 13 cépages autorisés en Alsace – comme à Châteauneuf-du-Pape. On révise ses classiques pour ajouter savagnin rosé, muscat ottonel et muscat à petit grain, pinot blanc, auxerrois… Le plus important n’est toutefois pas le nombre de cépages, mais la façon dont ils sont travaillés : ils sont en effet pour la plupart plantés « en foule », c’est à dire mélangés au sein d’une même parcelle, technique que Jean-Michel Deiss a commencé à préconiser pour faire de véritables vins de terroirs, sur son Grand Cru Altenberg de Bergheim en 1994. Il ne faisait là que reprendre le système des générations passées…

La cuvée Complantation est issue de différentes parcelles de l’ensemble des vignobles Deiss, principalement à Bergheim mais aussi à Saint-Hippolyte et jusqu’à Kaysersberg. Les vignes ont plus d’une vingtaine d’années, un âge raisonnable pour faire un vin digne. On ajoute aussi la récolte des plantations récentes issues des lieux-dits et des grands crus. De la cuvée Complantation 2018, 4000 bouteilles sont réservées à l’étiquette #ProtegeTonSoigant, dont 20% des ventes seront reversés au collectif (16€ la bouteille chez les cavistes et au domaine).

marceldeiss.com