« Médoc : des stars à moins de 50 € ». C’est le titre du palmarès de « Terre de Vins » n°20, actuellement en kiosques. Vingt belles étiquettes « abordables » du Médoc, millésime 2010, ont été sélectionnées par notre comité de dégustation. Suivez le guide.

Boire très bon sans se ruiner, serait-ce un vieux rêve qui tourne au cauchemar ? Nous avons voulu savoir si les grands crus classés du Médoc et leurs acolytes à moins de cinquante euros tenaient leurs promesses. C’est plutôt rassurant. Le millésime 2010, extra, l’est aussi pour ses opportunités d’achats.

Lorsque les prix des grands bordeaux atteignent des sommets stratosphériques, les collectionneurs et les spéculateurs s’en réjouissent mais les esthètes, les amoureux du vin, s’en désolent. Si l’offre des grands crus classés du Médoc représente à peine 2% du volume de la production bordelaise, il existe néanmoins de nombreuses propriétés qui refusent cette spirale haussière de la spéculation et rendent accessibles leurs vins à des prix, sinon abordables, du moins convenables eu égard à la qualité et au travail d’orfèvre nécessaire à leur production.

Pour ce palmarès du n°20 de « Terre de Vins », notre jury (composé des dégustateurs experts Michel Bettane et Thierry Desseauve, Alain Chameyrat, Sylvie Tonnaire, Véronique Raisin, et des invités Gérard Sibourd-Baudry, propriétaire des Caves Legrand et Xiaoning Dorra, journaliste chinoise) a entrepris de tester une quarantaine de ces crus classés et non classés du Médoc, et de quelques « super » crus bourgeois, histoire de vérifier si l’argent faisait aussi le bonheur du dégustateur. Dans le formidable millésime 2010, qui dans l’ensemble, surclasse d’un pouce le 2009 par un supplément de droiture, d’énergie et d’aristocratie, et qui aujourd’hui est dans ses limbes, la dégustation tint ses promesses et livra une ribambelle de vins séveux, racés, marqués par beaucoup d’élégance. Ces vins encore très jeunes devraient dans dix ans minimum continuer de nous éblouir. Certaines bouteilles de notre sélection ne dépassent pas les 15 euros. D’autres, sans atteindre les sommets tarifaires des premiers crus classés, frôlent la cinquantaine d’euros. C’est un prix élevé mais il reste occasionnellement accessible à beaucoup d’amateurs. De temps en temps, ou à plusieurs amis, on peut s’accorder un petit extra pour franchir le pas du grand vin et goûter, au moins une fois, à la classe bordelaise dans toute sa splendeur.

L’intégralité du palmarès est à retrouver ici
. Mais nous avons réuni ici pour vous, cinq vins au rapport qualité-prix imbattable.

3ème du Palmarès
Château Branas Grand Poujeaux, Moulis
29 €

Le château Branas Grand Poujeaux, propriété de Justin Onclin (copropriétaire du château Prieuré-Lichine) depuis dix ans, jouxte Poujeaux et Chasse-Spleen, sur le terroir de Moulis, à la frontière de l’appellation Margaux. Le vignoble compte douze hectares, repris en main de bien belle manière, le chai est magnifique et les soins prodigués à cette propriété lui ont donné un nouvel élan. Les derniers millésimes achèvent de nous convaincre, affichant charme et élégance.
La dégustation
Grand charme immédiat, avec des tannins civilisés, une texture longiligne et une longueur remarquable. Fraîcheur et velouté se conjuguent à merveille, dans un style élégant et une expression fruitée intense. Avec un agneau à la menthe.

6ème du Palmarès
Château Desmirail, Margaux
26 €

La famille Lurton possède ce cru du terroir du plateau de Cantenac, l’un des plus qualitatifs de l’appellation Margaux. Depuis 2008, des progrès ont été réalisés faisant évoluer le vin vers davantage de finesse et un potentiel de vieillissement supérieur. Il reste une excellente affaire eu égard à son terroir et sa vinification.
La dégustation
D’abord subtil, ce margaux offre un caractère assez classique, policé, avec des notes de musc. Le boisé précis lui confère une dimension élégante. Bonne fraîcheur d’ensemble. Avec un bœuf bourguignon.

12ème du Palmarès
Château Lilian-Ladouys, Saint-Estèphe
15 €

Racheté en 2008 par l’homme d’affaires Jacky Lorenzetti, également propriétaire du château Pédesclaux à Pauillac, ce domaine de 45 hectares semble retrouver depuis ce changement de mains quelques couleurs et un certain cap. C’est une bonne nouvelle d’autant que son prix le rend largement abordable. L’une des bonnes affaires de notre palmarès.
La dégustation
« C’est un charmeur », s’exclame un dégustateur ! Grand style médocain, profond et plein, ce vin-là ne manque pas d’atouts. Des notes de cèdre, une texture séveuse et bien mûre, le voici bien parti pour quelques années de plus, à la recherche de quelque viande rouge savoureuse, par exemple une joue de bœuf confite aux olives.

13ème du Palmarès
Château Fourcas-Hosten, Listrac
13 €

Propriété de la famille Momméja (Hermès), cette belle chartreuse et son vignoble de 47 hectares jouissent d’un terroir de croupe qui dépasse largement l’altitude moyenne du Médoc, avec quelque 40 mètres d’altitude ! Les graves argileuses y sont ici de qualité, et les progrès engagés depuis le rachat de la propriété en 2006, conjoints à d’importants travaux de rénovation, sont notables. L’œnologue Éric Boissenot et la directrice technique Caroline Artaud impriment un nouveau style, intense et pur.
La dégustation
Des arômes de cèdre, une bouche classique et savoureuse : sans jouer dans la cour des plus grands, ce listrac tient son rang d’outsider, avec des tannins ourlés et une finale longiligne, très tendue. Ne pas hésiter à le carafer et à le servir sur une viande fondante, un jambon pata negra ou un civet de lièvre.

18ème du Palmarès
Château La Tour Carnet, Haut-Médoc
28 €

L’une des nombreuses propriétés de Bernard Magrez jouit d’un cadre idyllique. Ce château fort entouré de douves, totalement restauré, vaut le coup d’œil. Les vins, vinifiés avec soin avec l’appui de Michel Rolland, sont d’un profil riche et voluptueux, affichant une modernité assumée. Les progrès réalisés ici sont indéniables, les vins ont gagné en chair et sont proposés à un prix doux au regard de leur qualité. C’est une affaire.
La dégustation
Un vin de bonne tenue, dense, assez corsé même. Les tanins assez fermes augurent d’une garde de dix années minimum, il faudra le revoir à table, avec des ris de veau aux morilles ou une pintade rôtie.

NB : Les notes du palmarès ne sont pas à prendre dans leur absolu, elles ont été attribuées dans ce contexte précis de dégustation. Les tarifs ont été relevés en septembre 2012 auprès du négoce bordelais, des revendeurs sur internet et de la grande distribution. Nous avons retenu la meilleure offre accessible au consommateur. Ce palmarès a été établi à partir du classement de 1855 et d’une sélection des vins les mieux notés dans le Grand Guide des Vins de France 2013 de Michel Bettane et Thierry Desseauve. Nous avons pris comme critère le prix (maximum 50 euros la bouteille), et exclu les seconds vins de notre appel à échantillon. Chaque propriété nous a ainsi adressé un seul vin sur le millésime 2010. Tous les vins présentés étaient mis en bouteille et sont tous disponibles à la vente actuellement (sous réserve de disponibilité).
Tous les vins ont été dégustés à l’aveugle. La note est la moyenne arithmétique des notes des dégustateurs.