Voulu comme une enquête, ce documentaire souhaite mettre en lumière les liens unissant nos deux pays depuis plus de 200 ans et qui continuent de s’écrire aujourd’hui. A découvrir prochainement sur les plateformes SVOD américaines dans un premier temps puis européennes.

Difficile d’être novateur dans un documentaire autour du vin. Disons-le tout de suite, ce n’est pas par sa forme que « Eastboud Westbound » entend surprendre le spectateur. Cette dernière s’avère relativement classique avec des échanges entre deux protagonistes face caméra et, cependant, de très belles images notamment aériennes des vignobles. L’intérêt de ce film réside davantage dans son objet. A partir d’un fait historique bien connu des amateurs de vin (la visite dans le Bordelais en mai 1787 de Thomas Jefferson, alors ambassadeur des Etats-Unis en France), le très francophile américain Jeffrey Davies va à la rencontre de personnalités du monde du vin qui contribuent à pérenniser les liens entre viticultures française et américaine. Sans surprise, les rencontres s’articulent autour d’Américains ayant investi dans le vignoble de Bordeaux et de Bordelais ayant investi dans le vignoble californien, en Napa ou en Sonoma. Et tout commence assez logiquement avec le Prince Robert du Luxembourg. Ce dernier évoque en effet l’histoire du château Haut-Brion, propriété achetée dès 1935 par son arrière -grand-père américain Clarence Dillon, et dont les vins étaient les préférés de Jefferson, tel qu’il le mentionna notamment dans ses carnets de voyage. De là, tout le voyage de Jeffrey Davies pour tenter de comprendre pourquoi Jefferson aimait tant le vin français, au point de le servir pour la première fois dans une cérémonie officielle à la Maison Blanche une fois devenu Président.

Une « enquête » convenue

En commençant le visionnage du documentaire, on s’attend à une enquête palpitante. La musique de film historique qui accompagne l’image tend d’ailleurs à installer cette ambiance. On suit avec plaisir évidemment Jeffrey lorsqu’il part à la rencontre d’Alfred Tesseron et ses enfants au château Pontet-Canet puis dans leur domaine californien Pym-Rae. Il en va de même avec les Lurton à Haut-Bages Libéral, Durfort-Vivens et leur magnifique domaine Acaibo en Sonoma. Les Adams, Américains qui ont d’abord investi à Saint-Emilion en rachetant en 2004 le château Fonplégade, présentent également leur second projet californien, Adamus. Tout cela est très aimable, l’occasion de parler de biodynamie, d’expériences retranscrites de France aux Etats-Unis et vice-versa, d’entendre Robert Parker rendre hommage à l’apport historique des Français au monde du vin. Mais au fil des minutes, l’impression de rester un peu sur sa faim s’installe. On ne comprend pas réellement les contributions déterminantes que Français et Américains ont pu s’apporter. Des exemples révélateurs comme le partenariat entre Robert Mondavi et le Baron Philippe de Rothschild menant à la création d’Opus One dans les années 1970 sont rapidement mentionnés alors qu’ils mériteraient d’être développés. En somme, l’idée de départ était alléchante mais accouche un peu d’une souris. On ne perçoit pas spécialement de lien particulier entre France et Etats-Unis. Les exemples donnés, bien que sympathiques, demeurent anecdotiques. Les propriétaires ont plusieurs propriétés et apprennent de leur gestion respective. Mais, finalement, comme ce serait le cas s’ils les possédaient ailleurs, en Afrique du Sud, en Argentine ou en Italie. Et l’amour de Jefferson pour le vin dans tout ça ? Il lui aurait été simplement insufflé par son mentor Benjamin Franklin, grand amateur de vins de Bordeaux avant lui. Tout ça pour ça. « Eastbound Westbound » est un documentaire qui créé des attentes fortes pour les amateurs de vin. Celles-ci ne sont pas vraiment satisfaites et l’on termine le visionnage en se disant que le moment était plaisant, sans plus.