Le numéro collector Spécial Primeurs de Terre de Vins arrive dans les kiosques. Découvrez l’éditorial du directeur de la publication, Rodolphe Wartel.

“Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent, mais retenons ça : le jour d’après, quand nous aurons gagné, nous ne reviendrons pas au jour d’avant.” L’auteur de cette prédiction présidentielle, que vous avez tous reconnu, n’a pas précisé une information majeure : la durée entre l’avant et l’après, ce laps de temps interminable qui, en trois mois, a terrassé une partie de l’économie mondiale et affecté au plus haut point la filière du vin. Si celle-ci a rivalisé de générosité et de réactivité en mettant en place des enchères solidaires, des dons en nature, des “drives” près de chez vous… jamais le commerce des vins, et celui de Bordeaux en particulier, n’a paru aussi démuni face à une horloge planétaire qui a brutalement stoppé ses aiguilles.

Où est passée l’omnipotence des grands commerçants bordelais et de son négoce lequel, depuis le XIIe siècle, né de l’union d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt, a ouvert les voies vers l’ensemble du monde ? Car, aujourd’hui encore, 300 entreprises commercialisent 70% de la production bordelaise à l’attention de 170 pays ! Une puissance de feu incomparable, sauf… quand le monde s’arrête. Le silence et le vide alors que devaient s’ouvrir, la première semaine d’avril, les célèbres primeurs. Un système sans équivalent qui permet aux professionnels d’acheter, après dégustation en avril et négociations entre avril et juillet, jusqu’à 100% d’un millésime (le 2019, pour cette année) qui sera livré aux consommateurs dix-huit mois plus tard.

Dès lors, que faut-il faire après cet avant et avant cet après ? Tenter de séduire des acheteurs internationaux qui doivent eux-mêmes écouler des stocks dans des restaurants de Boston à l’arrêt ou dans des grandes surfaces de Shanghai transformées en bloc opératoire ? Emmanuel Cruse, grand maître de la commanderie du Bontemps de Médoc, Graves, Sauternes, Barsac, prédit un avenir changeant (page 36 de notre magazine) : “Il va falloir reprendre notre bâton de pèlerin et retourner vers ces marchés qui ont fait la force de Bordeaux : France, Belgique, Suisse…”

Il va falloir aussi le défendre, ce millésime 2019 ! Car Bordeaux possède encore un très grand millésime en 9. Pour vous le faire découvrir, nous avons accompli, nous aussi, ce que nous aurions pensé impossible avant : déguster au plus haut de la crise de la Covid-19 plus de 400 châteaux bordelais, rive gauche, rive droite, grands crus classés du Médoc, de Saint-Émilion, de Sauternes, crus classés de Graves, Pessac-Léognan, crus bourgeois du Médoc, Pomerol… dans des châteaux relais qui ont accepté, barrières sanitaires à l’appui, d’accueillir nos équipes. Armés de masques, de gants et de gel, nos journalistes ont arpenté le vignoble – enlevé le masque, bien sûr ! – et dégusté, commenté et noté. Il en résulte aujourd’hui ce qu’aucun autre magazine au monde n’aura réalisé. Un numéro collector, miroir d’une année de labeur de ces vignerons brillants privés au final de spectacle. Bordeaux le valait bien. Nos lecteurs également. Que notre rédaction, mobilisée et engagée, en soit très chaleureusement remerciée. Pour elle aussi, il y aura un avant et un après.

Terre de Vins n°65, 148 pages, 6 €.
Disponible en région bordelaise à partir du 10 juin, dans toute la France le 16 juin.
Disponible en version numérique pour les abonnés dès le 10 juin sur kiosque.terredevins.com