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L’agroforesterie prend racine à l’Enclos de la Croix

Auteur

Willy
Kiezer

Date

10.09.2026

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À quinze minutes de Montpellier, l’Enclos de la Croix pousse l’agroforesterie bien au-delà de quelques rangées d’arbres plantées entre les vignes. À Lansargues, ce domaine familial de 23 hectares transforme depuis plus de vingt ans son paysage, son modèle agricole et sa manière de penser la vigne. Plus de 11 000 arbres et arbustes sur le domaine, élevage, traction animale, maraîchage, recherche, accueil du public : ici, l’agroécologie s’observe presque grandeur nature.

Il faut entrer dans l’Enclos de la Croix pour mesurer la singularité du projet. Certains arbres atteignent aujourd’hui sept à dix mètres et les parcelles ne ressemblent plus tout à fait à un vignoble classique. La vigne partage l’espace avec les haies, les bosquets, les animaux et d’autres productions agricoles. Sur les 23 hectares d’un seul tenant, environ 8,5 hectares restent aujourd’hui consacrés à la vigne. François Frezouls, septième génération de la famille, a progressivement construit cette mutation avant de transmettre le domaine à sa fille Agathe, huitième génération.

Après avoir rencontré d’autres vignerons engagés dans l’agroforesterie en Languedoc, notamment au domaine de Scamandre ou aux Bancels, Terre de Vins a découvert ici un projet d’une autre dimension.

Sortir de la monoculture

Le déclic remonte à plus de vingt ans. « J’ai réalisé qu’on ne pouvait pas faire que du viticole », raconte François Frezouls. La baisse des surfaces plantées et l’arrivée de la polyculture ont accéléré la réflexion, l’ambition va rapidement plus loin : recréer de la complexité dans un paysage agricole devenu trop uniforme. Les travaux et conférences de Claude et Lydia Bourguignon participent également à son cheminement.

Le principe repose aujourd’hui sur un triptyque que l’ancien vigneron résume par trois mots : agro, sylvo, pastoral. L’arbre apporte de l’ombre dans un climat où « les vignes souffrent du soleil », ses racines ouvrent de nouveaux habitats dans le sol et sa biomasse nourrit progressivement l’écosystème. Les brebis entretiennent les parcelles, les chevaux comtois assurent certains travaux du sol et les poules poursuivent le nettoyage tout en apportant leur fumure. « Nous pensons que la biodiversité apporte aux vins, mais c’est présomptueux de le dire », nuance François Frezouls.

11 000 arbres, et le temps comme méthode

Environ 11 000 arbres et arbustes ont été plantés en quinze ans, représentant 68 espèces. Arbres mellifères, fruitiers, grenadiers, oliviers ou essences fourragères composent cette mosaïque. Le févier d’Amérique, par exemple, peut fournir une ressource aux brebis entre la mi-août et la mi-septembre. Le domaine expérimente même un conservatoire d’une trentaine d’agrumes, avec l’idée que certaines espèces pourraient trouver demain leur place sous le climat languedocien.

La priorité est désormais donnée aux plants issus de graines collectées localement, dans un rayon d’environ 50 kilomètres, dans l’esprit de la démarche « Végétal local ». Une stratégie qui affiche, selon François Frezouls, plus de 90 % de réussite à la plantation.

Car l’expérience s’est aussi construite par l’échec. En 2014, 120 cormiers de quatre mètres avaient été plantés : aucun n’a survécu. « L’échec est le passage obligé vers le succès. » Depuis, de jeunes plants forestiers ont pris le relais et certains culminent déjà à sept ou huit mètres.

Un laboratoire du vivant ouvert sur la société

Les premiers résultats deviennent visibles. Le domaine réalise des comptages d’oiseaux et estime être passé d’une trentaine d’espèces observées à plus de cinquante. Écureuils et hérissons ont également fait leur retour depuis l’abandon de la chimie de synthèse et la multiplication des habitats. À proximité des étangs et d'une zone Natura 2000, l’Enclos bénéficie aussi d’un environnement naturellement riche.

Mais l’arbre n’est qu’un « maillon » du projet. Le domaine accueille régulièrement des classes, collabore avec la recherche, notamment l’INRAE, et ouvre largement ses chemins aux habitants. « Tous les mois, on accueille des classes pour leur montrer ce qu’est un arbre, une salade », explique François Frezouls. Promeneurs et riverains viennent également y marcher ou participer à des inventaires de chants d’oiseaux.

Derrière l’agroforesterie se dessine ainsi un projet plus large : celui d’une agriculture où production, biodiversité, transmission et expérimentation cohabitent sur les mêmes hectares.

Terre de Vins a aimé : Cuvée Zéro

Cette philosophie trouve une traduction particulièrement aboutie dans la Cuvée Zéro, issue à 100 % de Floréal, variété résistante développée dans la continuité des travaux de l’INRAE de Colmar. Sur une parcelle de 76 ares, le domaine pousse le raisonnement au maximum : zéro cuivre, zéro soufre, zéro intrant et zéro énergie fossile. Travail manuel, labour à cheval, brebis puis poules assurent l’entretien de la parcelle.

Au verre, l’histoire ne prend pourtant jamais le pas sur le vin. Le jus est vibrant et précis, porté par une très belle fraîcheur, une sensation légèrement iodée et une finale persistante. Un blanc particulièrement agréable à boire qui donne surtout une traduction concrète de ce que peut devenir une viticulture cherchant à produire autrement.

13 € départ cave.