@WeAreTheGoodChildren
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Alors qu’Artémis Domaines et Maisons & Domaines Henriot viennent d’annoncer leur fusion, Gilles de Larouzière Henriot, désormais président du conseil de surveillance du nouveau groupe nous a confié les motifs stratégiques de ce mariage.

Comment ce projet de fusion est-il né ?

Ce n’est pas une acquisition mais vraiment une fusion, un mariage, et comme tout mariage son origine se trouve dans une rencontre, celle que j’ai faite avec François Pinault voici maintenant deux ans. Nous avons alors parlé de ce qui nous anime : le vin, la vigne… Je me suis assez vite rendu compte dans la discussion et dans la relation qu’il y avait beaucoup de choses que nous partagions. D’abord la vision de nos domaines, non pas comme des entreprises viticoles, mais comme des éléments d’un patrimoine français, naturel, de savoir-faire, historique et même culturel. C’est ce qui me porte et m’inspire et c’est ce que j’ai retrouvé chez François Pinault. Ainsi, au fil des rencontres, est venue cette idée de réunir nos deux activités et de constituer ensemble un acteur de référence, assez unique dans le monde des vins d’exception, qui rassemble des trésors de notre patrimoine et qui pérennise leur ancrage français. Cela permet à ma famille de s’inscrire dans le temps long, et de se projeter dans l’avenir de ses activités avec sérénité autour d’un projet que les prochaines générations continueront à faire vivre.

D’un point de vue économiques, on peut imaginer de belles synergies…

Lorsque l’on regarde, nos implantations sont très complémentaires. Les Domaines Henriot sont très forts en Bourgogne grâce à Bouchard Père & Fils et William Fèvre, en Champagne nous avons une maison assez emblématique de l’histoire de l’appellation tournée non pas vers le volume mais orientée vers les vins fins. Artémis est bien-sûr un acteur majeur du bordelais, leur groupe possède des pépites magnifiques en Bourgogne et dans la vallée du Rhône avec château Grillet. Ils sont dans la Nappa, nous sommes dans l’Oregon. Outre le partage des valeurs, il y avait donc vraiment une pertinence économique, et la possibilité de déployer un projet magnifique autour de tout cela.  Pour le conduire à bien, il y aura un conseil de surveillance dans lequel les actionnaires des deux familles seront représentés. C’est cet organe que je vais présider désormais. Il y aura aussi une unicité de management, de direction générale, confiée à Frédéric Engerer, déjà directeur général d’Artémis, qui va piloter ce groupe vers l’excellence et la pérennité. Le management sera la partie de Frédéric, moi ce sera plutôt la partie gestion des actionnaires et vision long terme. C’est une répartition des rôles théorique car je vais bien-sûr rester très proche des domaines, passer beaucoup de temps avec Frédéric pour que nous réfléchissions ensemble. C’est lui qui va conduire le groupe avec son bâton de berger, mais nous partagerons nos idées en permanence.

Ce projet a un vrai sens pour la distribution et la montée vers le haut de gamme sur laquelle je pousse et recentre le groupe depuis des années. Il crée les conditions d’une accélération forte dans cette direction. C’est vrai dans la distribution, mais aussi dans l’élaboration des vins, la façon dont les marques s’expriment. De ce côté, il y a un vrai savoir-faire et une grande maîtrise d’Artémis dont nous allons bénéficier.

Envisagez-vous la création d’une filiale commune de distribution ?

L’idée n’est pas d’arriver comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ce sont des métiers de temps long, où les hommes sont importants, il n’y aura pas de licenciement. Il ne s’agit pas de faire du « restructuring » de manière industrielle, c’est vraiment un projet familial, patrimonial, de long terme, qui doit respecter les hommes et les organisations. Ensuite, on va prendre le temps de bien comprendre les activités, les subtilités de la distribution des uns et des autres et progressivement on fera émerger sous la houlette de Frédéric une vision stratégique qui sera ensuite mise en œuvre progressivement. Chaque maison gardera son identité, sa spécificité, sa particularité. Cela ne va pas devenir un grand magma mutualisé. Au contraire, ce que l’on veut cultiver, c’est une collection de petits trésors, de pépites et les polir, les faire briller pour les porter au plus haut, chacun pour ce qu’il est, parce qu’il a son histoire, son nom, ses terroirs, c’est ce qui nous passionne.

Que représente votre famille dans la nouvelle société ?

Nous détenons un quart des parts.