©Anne Lacaud
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La liqueur française la plus exportée au monde se décline désormais en cuvées grand luxe. L’essence d’orange amère y sublime les meilleurs cognacs.

Oubliez les crêpes Suzette, aussi fameuses soient-elles ! Aujourd’hui, 95 % du Grand Marnier produit à la distillerie du château de Bourg-Charente, près de Cognac, est bu en cocktail. Commercialisée dans plus de 150 pays, la célèbre liqueur au cognac et à l’essence d’orange amère se décline en margarita, old fashioned et sidecar. Elle se déguste même allongée de thé noir aux agrumes et d’eau pétillante (le rafraîchissement s’appelle Grand T’).

« Créé en 1880, Grand Marnier s’inscrit dans la tradition séculaire des grands spiritueux. Sa recette unique lui confère un goût inimitable plébiscité par les barmen du monde entier. On peut aussi l’apprécier nature ou sur glace, à l’apéritif ou en digestif », souligne Patrick Léger, directeur des opérations et maître assembleur de la société Marnier-Lapostolle.

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Dans le giron de Campari

Longtemps, Grand Marnier fut le fleuron de cette entreprise familiale française. En 2016, elle était rachetée 684 millions d’euros par l’Italien Campari. Le numéro 6 mondial des spiritueux a beaucoup misé sur cette pépite, qu’elle a su accompagner sur le chemin de la croissance. Grand Marnier figure parmi les marques stratégiques du groupe comme l’amer Aperol et le bourbon Wild Turkey. Ses ventes s’envolent, « avec une croissance à deux chiffres », précise Patrick Léger, notamment aux Etats-Unis d’Amérique, où plus des deux tiers des volumes sont écoulés et où le cap symbolique du million de caisses de 9 litres vient d’être franchi.

La référence la plus vendue reste le célébrissime Cordon Rouge (une vingtaine d’euros la bouteille), vif et généreux, élaboré avec de jeunes cognacs. La gamme est beaucoup plus riche. Elle comportait déjà la cuvée Louis-Alexandre (environ 50 euros), au goût intense, à base de cognacs VSOP, et la cuvée du Centenaire (une centaine d’euros), riche et complexe, à base de cognacs XO. Elle s’enrichit désormais de deux flacons de luxe aux nectars à déguster purs : les « grandes cuvées » Révélation et Quintessence.

2 700 € la carafe

Révélation révèle la puissance aromatique des cognacs XXO (traduisez Extra Extra Old et comprenez au moins quatorze ans d’âge). « Ici, les notes vives et fraîches de l’orange jouent avec celles, intenses, de tabac et de bois, de vanille et de fruits secs caractéristiques des vieux cognacs », assure Patrick Léger. La carafe est vendue 575 euros, prix conseillé.

Quintessence est composé de 82 % de très vieux cognacs de Grande Champagne (dont certains ont 70 ans d’âge) et de 18 % d’essence d’oranges amères (Citrus bigaradia) préalablement macérées dans du cognac puis doublement distillées. Le nez est subtil, la bouche soyeuse, la longueur épatante et le prix élevé : 2 700 euros la carafe en cristal de Baccarat. Seuls 1 000 exemplaires ont été façonnés.

Grand Marnier monte en gamme. A ce niveau, oui, on oublie les crêpes flambées.