L’abbé Gruaud peut reposer en paix. Voilà presque 300 ans que son héritage prospère. Que les vins de ce second cru classé, aujourd’hui détenu par Jean Merlaut, font le tour du monde. Sous son impulsion, le domaine vient de franchir une étape de plus en s’ouvrant à l’oenotourisme. Désormais, c’est le monde qui vient à Gruaud. Une manière de saisir de l’intérieur la magie de ce Saint-Julien.

« Avant de m’occuper de Gruaud, je venais faire le tour des terres. Par plaisir. Je me projetais sur ce que pouvait être le raisin de cette propriété. » De fait, le rencontrer, c’est la promesse d’aller au cœur de la vigne, au centre de la terre. « Je n’utilise pas d’insecticides. Il y a de l’herbe dans les allées. On peut dire qu’il y a une stratégie du vivant. » Et même du vent dont il s’est fait un allié : «On effeuille très tôt, pour faire un courant d’air juste au dessus de la grappe. Ce qui fait qu’on ne garde pas d’humidité. » Une fois sorti du château, Jean Merlaut prolonge ses observations sous d’autres cieux: « J’ai un jardin potager. Ca m’apprend des choses pour la vigne. J’ai essayé de mettre un fil de cuivre dans les tomates contre le mildiou…» Il le reconnaît : « Je suis sensible à la nature. » Puis ajoute d’un éclat de rire : « A Bordeaux, je circule à bicyclette, alors on me dit que je suis écolo. Et je réponds : « non je suis égoïste »… » Pourtant, celui qui assure n’avoir jamais pris d’antibiotiques ne voit surtout pas à court terme. « Je raisonne à cinquante ans. Nous ne sommes qu’un instant. » Et cela fait bientôt trois siècles que cela dure…

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Jefferson Desport. Photo Rodolphe Escher.