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Ivan Massonnat mise pour la renaissance du Domaine du Closel

Ivan Massonnat ©Jean-Yves Bardin

Auteur

Lucie
de Azcarate

Date

08.05.2026

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Le tribunal judiciaire d’Angers a validé, le 5 mai 2026, l’offre de reprise d’Ivan Massonnat (Belargus) pour les activités et les actifs du Domaine du Closel à Savennières. Cette décision met fin à une période d’incertitude, précipitée par le décès soudain, en novembre 2024, d’Évelyne de Pontbriand, figure du domaine.

Après une première carrière dans la finance, Ivan Massonnat a prouvé son engagement pour le vignoble d’Anjou. Il a fait de Belargus l’un des domaines emblématiques de la région, dont les vins se négocient sur allocation, et s’est impliqué avec enthousiasme dans la Paulée d’Anjou. Désormais aux commandes du Domaine du Closel, il s’insère dans une lignée de défenseures de l’appellation Savennières en prenant la suite d’Évelyne de Pontbriand, fille de Michèle Bazin de Jessey qui fut également présidente de l’appellation dans les années 1990. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il nous confie son envie de perpétuer leurs ambitions pour le Domaine du Closel et l’appellation Savennières.

Michèle Bazin de Jessey ©DR

Pour quelles raisons avez-vous souhaité faire cette offre de reprise ?

Depuis mes débuts dans le vignoble, j’ai été proche d’Évelyne de Pontbriand qui était la gérante et la figure du Domaine depuis 20 ans. C’est une des toutes premières personnes que j’ai rencontrées quand j’ai commencé à m’intéresser à l’Anjou en 2017. Depuis, nous sommes restés proches, d’une part parce qu’elle était assez admirative de ce que j’ai réussi à accomplir pour Belargus _ elle ambitionnait les mêmes évolutions pour le Domaine du Closel _, d’autre part, nous nous côtoyions dans les instances collectives comme à la Paulée d’Anjou, ou au syndicat de Savennières. Elle était de tous les combats.

Évelyne de Pontbriand ©IBachelard

Des années avant son décès, elle m’avait confié la situation du Domaine. Aucun des co-propriétaires ne souhaitait prendre sa suite. De plus, un différend couvait entre les deux branches de la famille, les Bazin de Jessey et les Pontbriand, copropriétaires du domaine dans un régime d’indivision, ce qui a mené à une situation de blocage donc le domaine était l’otage.

Son décès a donc mis à jour cette situation conflictuelle…

J’ai tout de suite compris ce qui allait se passer et les événements n’ont pas manqué de se précipiter. Fin 2024, deux mois après son décès, l’entreprise a été confiée à un administrateur extérieur. Puis, malheureusement l’équipe n’a pas pu éviter un dépôt de bilan en 2025, malgré mes efforts.

Pourquoi êtes-vous intervenu en amont ?

Pendant tout le printemps 2025 j’ai tenté de concilier les deux branches de la famille afin de travailler sur un plan de continuation. Dans ce cas de figure, j’aurais sans doute injecté du capital, mais nous aurions conservé la société en l’état. J’étais désireux de travailler avec les familles et nous n’étions pas loin d’un accord même si l’administrateur était dubitatif. Finalement, les dissensions l’ont emporté, lui donnant raison. La mise en vente est intervenue début 2026 avec un processus très court, deux mois pour remettre les offres.

C’est à ce moment-là que la fratrie Bazin de Jessey s’est manifestée, les neveux d’Évelyne de Pontbriand ne pouvaient se résoudre à laisser partir le domaine. Vous aviez donc des offres concurrentes ?

C’est un dossier exceptionnel à Savennières et beaucoup de candidats potentiels s’y sont penchés. Naturellement, Amaury, Mayeul et Aloïs Bazin de Jessey ont fait la même analyse que moi seulement ils ont répondu avec leurs tripes, leur attachement familial tandis que j’ai porté un projet plus rationnel et plus mesuré, dans la discrétion. Mais j’ai tenu à garder le lien avec eux jusqu’au bout parce que je respectais leur offre, elle prouve leur volonté. J’aurais évidemment préféré que le redressement judiciaire soit moins médiatisé pour ne pas abîmer l’image du Domaine. Au bout du compte, peu importe, chacun jouait avec ses armes.

Pourquoi le tribunal a-t-il choisi votre offre ?

Le critère déterminant était que j’avais le soutien des salariés. Sans parler à leur place, je pense que ce qui a joué en ma faveur, c’est que je ne voulais pas intégrer le Domaine dans Belargus qui restera une entité à part. La promesse de départ tient dans l’intégrité et l’autonomie du Domaine du Closel qui sera géré par l’équipe déjà en place. Les cinq personnes emmenées par Antoine Fardeau ont déjà réalisé un travail phénoménal, une restructuration du vignoble avec très peu de moyens. Si j’interviens ce sera pour accompagner leur travail.

Justement, quels sont les projets du Domaine ?

L’idée principale c’est de restaurer un joyau de Savennières. Évelyne avait des cuvées qui n’étaient pas en Savennières qui vont peu à peu s’éteindre. Nous allons donc prolonger l’exploration parcellaire pour affiner le style des vins. Depuis le millésime 2023, Antoine Fardeau et ses équipes ont commencé un travail remarquable sur l’équilibre des vins avec des maturités plus précises, un peu plus fraîches, des élevages plus longs… Ils ont posé tous les jalons.

À quel niveau allez-vous intervenir ?

Je viens pour redresser un monument de Savennières pour qu’il retrouve son rang parmi les grands de l’appellation. Pour cela il faut des moyens financiers à commencer pour le vignoble, d’autant que ces investissements mettront du temps à porter leurs fruits. Ensuite, il faudra beaucoup investir dans le chai situé dans les locaux exigus du château, vétustes et encombrés. L’idée ce n’est pas de jeter de l’argent par les fenêtres mais de se donner les moyens de travailler proprement en contrôlant les températures, avoir des pompes qui fonctionnent. Malheureusement, le domaine a souffert de sous-investissement à cause du manque de moyens et du blocage de la gouvernance. Quant à l'équipe en place, elle sera conservée et les effectifs seront doublés pour mettre en œuvre ces ambitions.

Côté commercial, le Domaine bénéficiera de la task force et du réseau international de distribution de Belargus, présent dans 45 pays.

Comment allez-vous composer avec la gouvernance familiale ?

Je souhaite poursuivre le dialogue entre les deux branches de la famille. J’ai repris l’entreprise mais les deux familles restent propriétaires et si la jeune génération a envie de s’impliquer, nous ferons les choses de manière collégiale. Le domaine leur appartient depuis 150 ans, je ne veux pas interrompre cette histoire. C’est une épopée qui doit continuer pour le rayonnement de l’appellation et de l’Anjou. Cela passera par la reconquête du coteau historique qui surplombe le village. Ce terrain autrefois parmi les plus beaux a été abandonné au fil du temps parce que trop difficile à travailler à cause notamment de la pente. Ce serait une manière d’affirmer fièrement l’histoire du village.