« Le même jour, à la même heure, les gens font la fête partout dans le monde grâce à notre vin. Le beaujolais nouveau mériterait le prix noble de la paix ». Sylvain Rosier, ancien vigneron à Fleurie, ne fait donc pas partie des anti-beaujolais nouveaux. Et s’il y a bien un pays qui fête le beaujolais nouveau à l’unisson avec la France, mais qui sont les premiers à le faire en raison du décalage horaire, c’est le Japon.

Une histoire d’amour née dans les années 80

Paul Bocuse a été sans conteste un artisan du rapprochement franco-japonais. Pour ce grand chef et son ami Georges Duboeuf, il est clair dès les années 70 que le Beaujolais et la cuisine japonaise ont des atomes crochus et sont faits pour s’entendre. Les bases sont posées, comme le décrit Georges Duboeuf dans sa biographie : « la démonstration est faite qu’un beaujolais nouveau servi comme un blanc, à dix degrés, peut accompagner quelques spécialités japonaises (tempura, crustacés, sushis…) ».

L’histoire démarre et atteindra l’apogée de sa lune de miel à la fin des années 90, après quelques rebondissements, jusqu’au milieu des années 2000 : en 2004, les Japonais auront bu un million de caisses de nouveau.

Passée la lune de miel, les exportations ralentissent légèrement, au rythme d’environ -6% par an. Après la baisse de 20% en 2020 (29 000 hl exportés), due à la fermeture des restaurants nippons lors de la pandémie, les commandes ont rapidement repris, accusant une légère hausse par rapport à 2019 (37 000 hl). Les Japonais restent les premiers consommateurs étrangers de primeur, qui constituent encore plus de 90% des exportations à destination du pays du soleil levant, loin devant les Etats-Unis, le Canada, l’Allemagne, la Belgique et le Royaume-Uni, représentant ainsi 50% du volume total d’exportations du nouveau.

Photo: Inter Beaujolais – Fabrice Ferrer

Des accords mets et vins nombreux

Si le Beaujolais Nouveau a suscité autant d’engouement au Japon, c’est notamment en raison de sa « buvabilité ». Pour des palais peu habitués au vin, la faible charge tanique des primeurs et leurs saveurs fruitées et souples ont permis de créer une passerelle entre les Japonais et le vin, et par conséquent entre leur gastronomie et les cuvées beaujolaises.

Face aux vins rouges légers, le poisson tire toujours son épingle du jeu et les associations peuvent se révéler particulièrement réussies.

Les sushis et sashimis sont les partenaires idéaux des nouveaux, où l’acidité du gamay permet de trancher les chairs grasses du thon et du saumon, sans dénaturer leurs subtiles saveurs, ainsi que celles des légumes potentiellement associés dans les makis.

Côté viande, les yakitori (brochettes cuites sur le grill) de porc et de poulet se marient avantageusement avec les primeurs, ainsi que les ramen (qui peuvent également être composés de poissons). La sucrosité de la marinade se retrouve réveillée par l’acidité du gamay et les saveurs de la viande blanche mises en valeur par les arômes fruités et épicés et la structure légère des cuvées.

Le bœuf est également une option, que ce soit en yakitori ou avec un plat de bœuf wagyu, à condition de s’orienter, en général, vers un primeur issu de l’appellation Beaujolais Villages, présentant la plupart du temps une structure tanique un peu plus prononcée.

Sans oublier l’okonomiyaki, plat typiquement japonais qui n’a pas vraiment d’équivalent occidental, bien qu’on puisse le rapprocher d’une crêpe. La garniture de base est composée de chou et de fines lamelles de porc grillé. Cuite sur une plaque chauffante, elle se recouvre d’une sauce spéciale, de mayonnaise et de flocons de bonite séchée.

Pour un accord réussi, il vaut mieux se tourner vers une cuvée où les notes d’épices sont portées par une présence tanique, la sauce de l’okonomiyaki étant souvent composée de miel ou de sirop d’érable, de sauce worcestershire, de kecthup et de sauce huître.

Les Beaujolais Nouveaux arrivent à partir du 3e jeudi de novembre. Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir les cuvées 2021 !