C’était Noël avant l’heure hier après-midi, sous les dorures du Grand Théâtre de Bordeaux. L’Association de Grands Crus Classé de Saint-Emilion (AGCCSE) faisait déguster ses millésimes 2009 et 2010. Deux stars qui n’ont plus rien à prouver. Mais l’occasion était belle…

Il n’y avait pas de suspense, mais il y a eu du plaisir ! Hier après-midi, dans le cadre somptueux du Grand Théâtre de Bordeaux, cinquante-huit propriétés formant l’Association de Grands Crus Classé de Saint-Emilion (AGCCSE) faisaient déguster aux professionnels leurs millésimes 2009 et 2010. Deux millésimes qui jouissent déjà d’une cote phénoménale et n’ont a priori aucun problème à se vendre. Mais comme le veut désormais a tradition, tous les deux ans l’AGCCSE présente deux millésimes à la dégustation et, coup de chance, hier, il s’agissait des deux derniers « enfants bénis » de Bordeaux. « C’est une petite piqûre de rappel pour les négociants, les restaurateurs, les cavistes », sourit Magali Malet, des vignobles Neipperg, qui fait déguster l’excellent Clos de l’Oratoire.

Et quelle piqûre de rappel. Cette dégustation a permis avant tout de mesurer le dynamisme et la diversité des crus de l’AGCCSE où, à côté de certains « grands gabarits » comme Péby Faugères (vignobles Silvio Denz), qui aspirent clairement à intégrer un jour les Premiers Grands Crus Classés et affichent déjà des prix en conséquence, certains se sont , appliqués à ne pas faire grimper les prix. C’est le cas de François Despagne, du château Grand Corbin Despagne, dont les excellents 2009 et 2010 (le premier tout en densité, avec une belle matière gourmande, le second davantage sur la fraîcheur, la verticalité), s’affichent respectivement à 36 € et 32 €. Un François Despagne sur tous les fronts qui, du club des oenophiles de l’Assemblée Nationale au Grand Tasting de Bettane & Desseauve, en passant bien sûr par Bordeaux Tasting, le week-end prochain, n’a de cesse de représenter les vins de Saint-Emilion et expliquer sa démarche en biodynamie aux amateurs français. Une démarche qu’il n’est pas le seul à défendre sur l’appellation : les châteaux Fonroque (Alain Moueix), Moulin du Cadet (Isabelle Moueix) et Jean Faure (Olivier Decelle) s’investissent également, et avec réussite à en juger par la dégustation, dans une autre approche de la conduite de la vigne.

A noter également, parmi les belles réussites de ces deux millésimes : le château de Ferrand et le château Fleur Cardinale, « étoile montante » de Saint-Emilion – les efforts de la famille Decoster, propriétaire depuis 2001, ayant été récompensés il y a quelques mois d’un tweet élogieux de Robert Parker, désignant les millésimes 2008, 2009, 2010 et 2012 de la propriété comme d’excellents rapports qualité-prix.

M.D.