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La rencontre improbable du champagne Leclerc Briant et du grand maître du Kôdo

Auteur

Yves
Tesson

Date

05.12.2022

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Confronter les cultures, c’est se laisser déplacer et enrichir son approche. La rencontre organisée par la maison Leclerc Briant dans l’ancien réfectoire des Jésuites à Science Po Reims avec le grand maître du kôdo s’est ainsi révélée inspirante pour la marque de champagne. Frédéric Zeimett, son directeur, nous raconte.

Qu’est-ce que le kôdo ?

Cela signifie littéralement « la voie de l’encens ». Il s’agit d’un cérémonial, un peu comme celui du thé, appliqué avec toute la méticulosité de la culture japonaise. Les gestes sont extrêmement lents et s’effectuent dans un silence absolu, ce qui permet à chacun de se recentrer sur soi. Le vecteur de cette méditation est cet élément qui nous est offert par la nature, ce tout petit morceau de bois d’encens qui doit faire la moitié d’un ongle, que le maître chauffe et qui passe de main en main en suivant un protocole réglé au millimètre.

Le maître de la cérémonie est Souhitsu Isshiken Hachiya, quel est son parcours ?

Il a 47 ans et s’apprête à succéder en tant que grand maître à son père qui en a 84. Comme il est le fils aîné, il se prépare depuis son plus jeune âge. Il représentera la 21ème génération, la charge se transmettant de père en fils depuis 500 ans ! En même temps, ce qui est étonnant, c’est qu’il vit dans son temps. Il porte des Weston sans chaussettes, un pantalon pied de poule, il a un côté très dandy. Il est accompagné d’une disciple en kimono, alors qu’elle est par ailleurs ingénieure spécialisée dans l’aérospatial ! Il nous a expliqué qu’il avait failli ne pas suivre les traces de son père et devenir footballeur professionnel, après avoir joué à un niveau assez élevé au Japon. Naturellement, nous lui avons organisé, au 25 bis, le visionnage du match Japon/Allemagne qui avait lieu le jour même.  Il était aux anges, surtout que le Japon a gagné. Et nous lui avons offert le maillot du stade de Reims, avec la signature de Junya Ito, ce japonais qui joue pour notre club et qui est en ce moment au Qatar.

A quoi ressemblent ces parfums d’encens ?

On est loin de l’odeur puissante que l’on respire dans les églises. C’est un peu comme lorsque l’on respire un vieux vin, on est sur un parfum très subtil. Le bois qu’il a fait chauffer est une toute petite portion d’un tronc qui est dans sa famille depuis 500 ans. Il fait une centaine de kilos et 50 cm de longueur et il est gardé précieusement dans un temple au Japon. Il ne sort qu’une fois par an pour être taillé à l’aide d’un ciseau à bois extrêmement léger.

Quel parallèle avec le monde du champagne cette expérience vous-a-t-elle suggéré ?

Je me suis demandé pourquoi, à certaines occasions, nous ne ritualiserions pas nous aussi la consommation du champagne, pour la rendre plus apaisée. Lorsqu’il a dégusté nos cuvées, il a utilisé les mêmes gestes, en mettant sa main au-dessus du verre pour s’en servir d’entonnoir et mieux respirer les arômes. Il explique aussi qu’on ne sent pas l’encens, on l’écoute. Lui-même qualifie chaque morceau d’encens par un paysage, une chanson qu’il a connue, et pour trouver ce mot qui restera pour l’éternité, cela peut lui prendre un année au cours de laquelle il respire les arômes à intervalle régulier. Avant de nommer une cuvée, on devrait peut-être procéder de la même manière, prendre le temps de vraiment écouter le vin… Nous nous sommes serrés la main en nous promettant de nous retrouver. Pourquoi pas au printemps pour les assemblages ? En tout cas, notre chef de caves Hervé Jestin était enchanté de cette belle rencontre, il a passé trois jours les yeux fermés en apesanteur.

Qu’a pensé le maître de votre champagne ?

Il est tombé amoureux de la cuvée Abyss dont nous sortons une version rosée. Là-aussi, c’est un voyage. La cuvée ressemble au rosé de la gamme classique, composé de chardonnay avec une larme de pinot noir vinifiée en rouge, sauf qu’on avait peur que le côté très léger du rouge soit emporté par l’iode et le sel avec l’expérience du fond marin, le propre de cette cuvée étant d’être immergée un an au large de la Bretagne. On a donc ajouté davantage de rouge pour atteindre 15 %.

La bouteille est étanche, le côté salin ne peut donc pas venir de l’océan…

Il n’y a aucun échange physico-chimique, dans la mesure où à 60 mètres de fond on a exactement la même pression à l’intérieur de la bouteille qu’à l’extérieur. En revanche, la mer d’aujourd’hui réveille le souvenir dans le vin de celle d’il y a quarante millions d’années, les raisins du champagne poussant sur les sédiments laissés autrefois par l’océan.

Terre de vins aime : Abyss Rosé (330€)

www.leclercbriant.fr