L’association Vin & Société, qui représente l’ensemble des acteurs de la filière vigne et vin, vient de présenter son premier baromètre des usages numériques de la filière. Un outil révélateur de la place croissante prise par le digital dans le secteur mais qui peut encore largement progresser.

 L’exercice a été mené sur un très large panel qui rend ses résultats particulièrement intéressant. Vin & Société, en partenariat avec le Crédit Agricole et la société d’études marketing Symetris, a adressé un questionnaire comprenant une cinquantaine de questions à un panel représentatif du vignoble français (avec des quotas par régions en fonction des chiffres de France AgriMer). Au global, cette grande enquête a mobilisé plus de 1 000 répondants comprenant 90% d’exploitations viticoles, 7% de caves coopératives et 3% de négociants. L’agrégation de notes pondérées relatives aux différents critères clés de digitalisation a permis d’obtenir une note de 47 sur 100, révélatrice d’une pénétration d’ores et déjà significative du digital dans les usages quotidiens des professionnels du vin. Bien évidemment, cette note moyenne cache de grandes disparités selon la taille des entreprises et selon les différentes activités concernées. Ainsi, et sans surprise, plus les entreprises sont de taille importante, plus leur niveau de digitalisation est élevé. La note moyenne globale obtenue par les exploitations de plus de 50 hectares est de 56/100. Un nombre qui descend à 50/100 pour celles de 25 à 50 hectares et n’est plus que de 44/100 pour celles comprises entre 6 et 25 hectares. La moyenne tombe à seulement 37/100 pour les plus petites exploitations, celles dont la surface n’excède pas 5 hectares. Il y a donc une question fondamentale de moyens qui limite les plus petits acteurs dans le développement des outils digitaux au quotidien. Ce frein s’accompagne généralement du manque de temps qui est même la raison principale évoquée par les répondants dans leur ensemble.        

Le digital accompagne toutes les étapes de la production à la commercialisation

Si un quart des répondants ne perçoit toujours pas l’intérêt du digital dans leurs activités, une large majorité est convaincue de son aide substantielle pour pouvoir communiquer sur les vins et les exploitations (objectif cité par 75% des répondants), vendre les vins (58%) et optimiser le travail dans les vignes et au chai (35%). Comme le rappelle Samuel Montgermont, président de Vin & Société, « ce baromètre nous dévoile le visage d’une filière qui a pris le tournant du digital et qui s’intéresse énormément aux bénéfices rendus possibles par cette révolution ». Qu’il s’agisse de la viticulture (activité toutefois la moins digitalisée avec un score de 40/100), la communication et la commercialisation (47/100 et 48/100) ou bien encore de l’équipement et de la logistique (partie la plus digitalisée avec 52/100), c’est tout le quotidien des exploitations qui bénéficie du numérique. On pourrait citer ainsi les outils connectés dans le vignoble, comme les stations météo ou les outils d’aides à la prévision de maladie, utilisés par 52% des exploitations. Une majorité d’entre elles (55%) effectue également déjà un suivi digital des livraisons. Bien sûr, l’essentiel (82%) dispose d’un site internet mais pour l’heure, seules 40% ont un site de e-commerce. La présence sur Facebook de 75% des exploitations cache là aussi des disparités fortes puisque seules 21% des exploitations disposent de personnels dédiés à cette communication digitale. Il est donc nécessaire d’accompagner les acteurs de la filière pour qu’ils puissent percevoir l’intérêt de ces nouveaux outils et se les approprier rapidement. Il s’agit de l’un des points clés pouvant renforcer l’efficacité et de la compétitivité des exploitations. Viticulteurs, coopérateurs et négociants le savent bien. Ils sont 56% à avoir affirmé vouloir se former au digital afin de pallier leur retard. Nul doute que les années à venir vont voir cette digitalisation fortement progresser avec l’arrivée d’une nouvelle génération « digital native ». Le prochain baromètre de Vin & Société prévu dans 4 ans sera là pour vérifier si cela est le cas.