Le célèbre designer Philippe Starck aime les défis. En voilà un de taille. Signer les installations techniques du Château les Carmes Haut-Brion, avec un double impératif : exploiter pleinement le terroir d’exception et ouvrir la propriété sur la ville de Bordeaux.

« Combiner les côtés pratique, réceptif et didactique. » En quelques mots, Guillaume Pouthier, le directeur du Château les Carmes Haut-Brion (Pessac-Léognan), résume l’esprit de la collaboration avec Philippe Starck. Connu entre autres pour son célèbre presse-agrumes, mais aussi pour son vélo Pibal conçu récemment pour la ville de Bordeaux, Philippe Starck s’attaque au monde du vin. Une première pour le designer-star. Il a pour mission de réaliser un nouveau cuvier, un chai d’élevage et un espace de réception pour la propriété.

Une rencontre, un projet

Comment cette collaboration a-t-elle vu le jour ? Pas de préméditation, un choix spontané répond Guillaume Pouthier. « Ce n’est pas Patrice Pichet [NDLR : le propriétaire du château] qui a choisi Philippe Starck, ou Philippe Starck qui a choisi Patrice pichet, c’est une rencontre ». Dès son arrivée en 2010, le promoteur immobilier commande une étude du terroir. Résultat : pour exploiter au mieux la richesse des 15 types de sols recensés sur la propriété, créer un nouveau cuvier s’impose.

Patrice Pichet ébauche une esquisse avec l’architecte bordelais Luc Arsène-Henry. Lors d’un séjour sur le Bassin d’Arcachon, il croise Philippe Starck, et lui expose le projet. Le designer se montre immédiatement enthousiaste. L’aventure est lancée !
Le partenariat s’inscrit dans la lignée directe des innovations réalisées par le promoteur depuis l’acquisition du château. Avec un objectif constant : atteindre le plus haut niveau qualitatif.

Le design au service de la qualité

« Allier l’utile à l’agréable pour valoriser le terroir exceptionnel des Carmes », tel est le but de cette collaboration, précise le directeur. Autrement dit, conjuguer beauté visuelle, design et qualité du cuvier. Conscient des enjeux, Philippe Starck n’hésite pas à questionner l’équipe du château sur les problèmes concrets imposés par la vinification.
Les grandes lignes du projet (architecture, volumes, budget) ne sont pas encore précisément arrêtées. Mais le directeur confie qu’il s’agira probablement d’un bâtiment unique avec plusieurs niveaux. Un espace aménagé pour répondre aux trois fonctions de vinification, élevage et réception.

Un lieu ouvert sur la ville

Si la forme exacte du futur ensemble architectural n’est pas définitivement déterminée, « le lieu de construction, lui, l’est. Les Carmes Haut-Brion est la seule propriété à avoir un accès direct sur la commune de Bordeaux. Nous voulons rouvrir une partie du clos sur la ville » précise Guillaume Pouthier.
Pourquoi cette préoccupation ? Le but n’est pas ici de faire un chai parmi tant d’autres. Le Château Les Carmes Haut-Brion n’est pas le premier à s’offrir les services d’un architecte. Avant lui, Lafite Rothschild à Pauillac, Cheval Blanc à Saint-Emilion ou encore Cos d’Estournel à Saint-Estèphe s’y sont essayés. Mais aucun n’affiche une telle proximité avec la cité bordelaise.

Créer un lieu facile d’accès pour les Bordelais : un objectif clé de ce projet. Selon le directeur, la plupart des propriétés bordelaises sont encore inaccessibles au grand public. Un monde mystérieux cerné de hauts murs qui peut se montrer intimidant. Donner cette visibilité aux Carmes est une aubaine pour interpeler les visiteurs. L’occasion aussi de leur proposer une éducation au monde du vin. Une initiative louable dans une région à forte tradition viticole. Le plaisir des yeux, et plus si affinités…

Ne pas laisser indifférent et faire réagir, c’est aussi un peu l’idée du projet. « Chacun aura son avis, mais qu’on en parle en bien ou en mal, au moins on en parlera » s’enthousiasme le directeur.
Le permis de construire devrait être déposé dans les mois à venir et le projet achevé fin 2014 – début 2015.

Laura Bernaulte