Chez Pierre Overnoy, domaine emblématique du Jura, les vendanges se sont déroulées du 1er au 6 octobre : poulsard, chardonnay et savagnin ont été ramassés d’affilée, entre deux averses. Emmanuel Houillon, qui dirige l’exploitation, nous parle de ce millésime.

Les vins de la Maison Pierre Overnoy figurent parmi les plus réputés du vignoble jurassien. Depuis 2001, Emmanuel Houillon perpétue la tradition de qualité instaurée par son prédécesseur, qui continue de garder un œil sur la vie de son « bébé ». Et garder un œil ouvert, cette année, était particulièrement recommandé ! Comme dans la plupart des régions françaises, le millésime 2012 s’est avéré compliqué dans le Jura, et entre les intempéries et les maladies, il a fallu trouver la bonne fenêtre de tir pour vendanger. Emmanuel Houillon nous raconte : « les périodes de vendanges ont été difficiles, car nous avons attendu la meilleure maturité de nos raisins mais il a fallu composer avec la pluie. Nous avons récolté entre le 1er et le 6 octobre. Tous les cépages ont été faits d’affilée : d’abord le poulsard, puis le chardonnay, et enfin le savagnin, traditionnellement plus tardif ». Les 5 hectares du vignoble sont divisés de façon quasi-égale entre les trois cépages : le poulsard et le savagnin sur des terroirs de marnes bleues et grises, le chardonnay sur des terres plus fines de graviers.

Le spectre du mildiou

« Comme partout, ce millésime s’est révélé très particulier, continue Emmanuel Houillon, avec un été ensoleillé suivi de beaucoup d’humidité, même en septembre, une pression mildiou extrêmement importante. Nous qui sommes soucieux de conduire nos vignes sans pesticides, sans produits chimiques, et de vinifier sans additifs ni ajout de soufre, nous avons dû nous défendre contre le mildiou en traitant à la bouillie bordelaise beaucoup plus que de coutume : neuf traitements au lieu de cinq en moyenne, on se retrouve donc avec des taux de cuivre plus élevés. Mais il fallait en passer par là… En onze ans, je n’ai jamais connu un tel millésime, et Pierre Overnoy lui-même n’a pas le souvenir d’une telle virulence du mildiou. Des années comme ça, on n’en veut pas tous les ans, même si cela fait partie du métier. Les vignerons vont s’en souvenir… »

Malgré ces difficultés, le résultat s’annonce assez prometteur au final. « Globalement, on se retrouve avec des volumes assez bas, les rendements sont entre 30% et 50% plus faibles que d’habitude dans le Jura. Nous qui tablons d’ordinaire sur 30 hl/ha, on se situe plutôt entre 20 et 24 hl/ha cette année. Mais compte tenu du mildiou, on ne s’en sort pas si mal. Et ces volumes assez faibles nous permettent d’avoir de belles maturités. D’après ce que j’ai pu goûter chez des amis, on a de belles couleurs, de la structure, de jolis tanins. Chez nous, cela remonte très bien pour le moment… Les peaux et les pépins sont bien mûrs (ce n’était pas évident pour les poulsards), il n’y a pas trop de sucre (on est à 13, 1° sur les savagnins), avec de belles maturités phénoliques. Je suis assez confiant, cela devrait être un joli millésime ». On a déjà hâte de goûter les vins élégants et complexes de la Maison Pierre Overnoy, ses Arbois Pupillin de haute tenue… Pour en savoir plus sur la philosophie de Pierre Overnoy et Emmanuel Houillon, rendez-vous ici.

M.D.