(photos I. Bachelard)
(photos I. Bachelard)

Sauvée par le soleil de fin d’été, l’Alsace vendange depuis mi-septembre. Après une courte interruption pluvieuse, elle reprend la récolte doucement. Le riesling n’est jamais pressé.

L’Alsace est unanime, une année comme cela, on n’a jamais vu. Mais personne ne se plaint trop, car on sait que le gel a été beaucoup, beaucoup, plus grave dans les autres vignobles de France. Haut-Rhin comme Bas-Rhin, c’est le même refrain pour évoquer une année difficile. Erwin Moser, du domaine Charles Wantz résume : « Un printemps pourri, un été inexistant, août mieux et enfin septembre qui a sauvé ce qui avait échappé aux maladies » Pour ce domaine de Barr, le meilleur est encore dehors. Pour l’instant, il estime la perte de 35 à 40%.

A Dahlenheim, Mélanie Pfister confirme : « Je n’ai jamais vu tant d’eau, et mon père non plus. Heureusement que septembre n’a pas été aussi pluvieux. Normalement quand les nuages arrivent chez nous ils sont un peu vidés. La protection des Vosges, ça n’a pas trop marché cette année ! ». Il a fallu traiter contre le mildiou pratiquement toutes les semaines et gérer la croissance. «  On a dû aller palisser le week-end car il y a eu des jours en juin où ça poussait de 20 cm» poursuit-elle.

Trier les cépages sensibles

Dans l’ensemble, tous les cépages précoces sont ramassés, avec plus ou moins de succès, le pinot noir et le pinot gris ont dû être triés, sur pied par les vendangeurs et souvent ensuite sur des tables à la vigne. Julien Boehler, à Molsheim, explique qu’on peut trouver parfois de la pourriture noble et de l’acétique sur une même grappe. Dans ce cas, il faut couper la grappe et encore vérifier à la cave : « J’écarte parfois le premier jus qui coule juste par le poids des raisins avant de presser, ça nettoie parfaitement et le jus qui fermente est pur ». Pour les gewurztraminers et les rieslings, il attendra une ou deux semaines, car il n’est pas question de ramasser si ce n’est pas mûr.

Merci aux vendangeurs disponibles

Chez Thomas Boeckel, on ne se plaint pas, même si le gel a réduit la récolte de chardonnay, vital dans le crémant, de 50%, ainsi que dans une moindre mesure le pinot noir, le sylvaner et le gewurzraminer en grand cru. C’était comme un gel d’hiver, qui a touché en altitude, donc des terroirs habituellement peu gélifs. Sur ses 24 hectares à Mittelbergheim, il a pu ensuite gérer l’humidité, avec deux ou trois traitements de plus que les autres années. Pour la vendange, il fait appel à un prestataire pour 20% car « les machines font un super travail, mais uniquement pour certains blancs, bien sûr ». Mais les vendanges manuelles demeurent majoritaires pour les domaines moins étendus, grâce à des équipes locales et disponibles. Elles acceptent les interruptions et les changements d’horaires, mais surtout elles comprennent l’importance de leur travail et suivent les consignes. Chaque grappe est observée, coupée si besoin ou même jetée. On compte beaucoup de retraités fidèles parmi les vendangeurs, qui semblent ainsi conserver santé et bonne humeur.