« Enchanté par ce millésime étonnant » qui prend actuellement naissance à Jonquières, sur les Terrasses du Larzac, Olivier Jullien s’active dans les vignes depuis la fin du mois d’août. Des vendanges qui s’étalent sur une durée de deux mois, une grande première pour ce viticulteur.

Décidément, où que l’on se tourne, ce millésime 2012 n’a rien de conventionnel. Si certaines régions ont été durement frappées par les intempéries et les maladies, ici, sur les Terrasses du Larzac, les bonnes fées du vin ont été plutôt bienveillantes. C’est en tout cas le sentiment d’Olivier Jullien, qui nous répond à la faveur d’une pause de quelques jours dans ses vendanges : « très sincèrement, je suis enchanté par ce millésime. Je ne peux pas me prononcer pour toute la région ou pour l’appellation, compte tenu de sa diversité, mais au Mas Jullien, nous sommes très satisfaits de la qualité des raisins que nous rentrons et de la qualité des jus. C’est équilibré, aromatique… Et pourtant, ce millésime est vraiment très étonnant ! »

Les vendangeurs ont la clé

Peu de millésimes en effet, auront été accouchés sur une telle durée. Installé à Jonquières depuis le milieu des années 1980, Olivier Jullien nous raconte : « c’est ma 27ème vendange, et je n’ai jamais vu une récolte aussi longue, aussi morcelée. Nous avons donné les premiers coups de sécateurs fin août, avons mis le coup d’accélérateur vers le 5 septembre, et tout indique que nous allons finir après le 15 octobre. Des vendanges étalées sur deux mois, je n’ai jamais vu ça. »

A coup de sessions de vendanges de deux ou trois jours par semaine, Olivier Jullien et ses équipes ont ainsi dû s’adapter à ce millésime atypique : « il y a eu beaucoup d’hétérogénéité à la floraison, à la véraison, beaucoup de disparité dans les maturités. Je ne sais pas dans quelle mesure les grands froids de l’hiver ont eu un impact, puis il y a eu un printemps assez frais, deux passages pluvieux fin août, des températures de septembre plutôt faibles… Au final, ce n’est rien d’exceptionnel, mais cela donne un millésime extrêmement tardif ». Bien sûr, Olivier Jullien concède avoir eu « son lot de problèmes », notamment une pression oïdium sur certains secteurs (surtout les carignans) qui se révèle de plus en plus élevée chaque année, mais dans l’ensemble il ne déplore que « le côté stressant et la prise de risque inhérente à des vendanges aussi étalées et tardives. Ici je dois rendre hommage à mon équipe de vendangeurs, à leur gentillesse et leur disponibilité. C’est eux qui ont fait ce millésime, c’est eux qui ont la clé ».

Repartir à zéro

Les différentes parcelles du Mas Jullien (18 hectares au total) sont étalées sur une trentaine de kilomètres, avec une grande disparité entre les altitudes, les terroirs, les cépages. « Les syrahs, récoltées début septembre, ont été les plus précoces, précise Olivier Jullien. Il reste encore un tiers des raisins à vendanger, essentiellement les mourvèdres et les carignans. Les terroirs calcaires seront récoltés en fin de semaine, et les plus hautes altitudes sous quinze jours. » Olivier Jullien ne tarit pas d’éloge sur ses carignans blancs, « des vieilles vignes qui s’expriment très bien sur une année extrême, ont un énorme pouvoir tampon et sont peu sujettes aux aléas climatiques. Le résultat est vraiment superbe ». Globalement, le viticulteur vise un rendement de 30 à 32 hl/ha, « une belle année ».

Finalement, ce qu’Olivier Jullien tient à souligner, c’est le sentiment de « repartir à zéro à chaque millésime. Depuis quelques années, pas la peine d’ouvrir ses cahiers de l’année précédente. Chaque nouveau millésime est différent, surprenant, on a peu de références sur lesquelles s’appuyer. Il faut s’adapter et faire des choix ».

Au rayon des choix, Olivier Jullien a fait celui, il y a quinze ans, de conduire l’intégralité du vignoble en biodynamie (il est aussi certifié en agriculture biologique). Une démarche qu’il intègre dans une « logique d’ensemble ». « La biodynamie ne se suffit pas à elle-même, elle n’aide pas à passer entre les gouttes quand il pleut, plaisante-t-il. Cela n’est pas non plus de la magie. Bien sûr, on est content quand les efforts sont récompensés, mais avec le vivant, il n’y a pas de morale. Pour moi cela participe de la recherche d’un certain équilibre, une manière globale de travailler, de lier les choses et les actes dans un contexte plus vaste. Quand on croit à ce que l’on fait, cela coule de source. Mais je me garde bien de donner des leçons à ce sujet. » L’humilité, c’est aussi une qualité qui distingue les grands vignerons…

Mathieu Doumenge