© Stéphanie Toussaint
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Les 23 et 24 juin prochain, la célèbre maison de vente Artcurial va proposer aux enchères les 7500 flacons de la cave du Laurent dont le concessionnaire vient de changer. Une aubaine pour les amateurs qui pourront s’offrir certains des plus beaux flacons de l’Hexagone et d’ailleurs.

Pendant plusieurs décennies, Le Laurent a fait partie de ces tables incontournables de la capitale. Et à juste titre. Impossible de le manquer sur les Champs-Elysées, à deux pas de l’Elysée. Façade rose, pilastres et colonnes blanches ornent cet ancien relais de chasse de louis XIV devenu guinguette à la Révolution avant d’être réaménagé en 1842 par Hittorff en élégante villa néoclassique. Restaurant sous le Second Empire, le lieu sera renommé Laurent du nom de son gérant dans les années 1860. Ce sont évidemment quelques personnalités qui vont fortement marquer les lieux de leur empreinte, permettant à l’adresse de devenir une véritable institution. Un homme déjà, Philippe Bourguignon, sans qui la cave prochainement vendue aux enchères n’aurait pas existé. Arrivé dans la Maison en 1977 comme chef sommelier, il y restera pendant 40 ans en devenant même le Directeur Général en 2002, portant haut les couleurs de son titre de meilleur sommelier de France acquis en 1978. Avec un goût sûr, il va façonner une cave de tout premier plan, stockée dans d’excellentes conditions au sein de 3 espaces sous l’établissement. Et quand le très talentueux chef Alain Pégouret (aujourd’hui au Sergent Recruteur) va reprendre la tête des cuisines en 2001, l’alchimie va parfaitement opérer. La preuve? Le restaurant affichait presque toujours complet, avocats, politiques, comédiens ou simples quidams amateurs de bonne chère se pressaient dans ces intérieurs réconfortants ou sur la superbe terrasse à l’abri des regards indiscrets.

Une vente exceptionnelle qui marque une nouvelle ère

Si la cave est aujourd’hui mise aux enchères, cela fait écho au renouvellement le 10 février dernier de la concession du lieu, cette dernière étant remise en jeu tous les 10 ans. Et la mairie de Paris n’a pas reconduit le groupe Partouche, lui préférant le groupe Paris Society de l’entrepreneur Laurent de Gourcuff qui n’en finit plus sa razzia sur certains des plus beaux emplacements de la capitale. En attendant de voir l’établissement repensé, c’est donc tout un pan de son histoire qui va être disséminé. Plus qu’un trésor, une véritable caverne d’Ali Baba… Toutes les régions sont représentées, avec un prisme particulier sur la Bourgogne, les grands Bordeaux et la vallée du Rhône. Parmi les domaines, citons le domaine de la Romanée Conti, Armand Rousseau, Trapet, Roulot, Leflaive, Niellon, Raveneau, Château Margaux, Château Lafite Rothschild, Château Montrose, Château Haut Bailly, Château Trotanoy, Pétrus, Jean-Louis Chave, Guigal, Georges Vernay, Gonon… Sans oublier d’autres pépites comme les champagnes Salon, Dom Perignon, Zind Humbrecht, Trimbach, la Grange des Pères, Puffeney, Clos Rougeard, Egon Müller… La liste est étourdissante avec des enchères qui devraient marquer les esprits. Les estimations (basses) commencent à 30€ pour 1 magnum de Chorey les Beaune 2016 du domaine Tollot Beaut ainsi que pour 1 magnum de Crozes Hermitage 1998 d’Alain Graillot ou bien encore un lot de 3 bouteilles de gamaret La Côte 2010 du domaine Henri Cruchon, occasion de découvrir ce cépage suisse méconnu. A l’autre bout du spectre, une bouteille de Romanée Conti 2015 estimée 19 000€ devrait battre des records. Au total, 979 lots dont 8 pièces exceptionnelles qui se trouvaient en salle, comme une impressionnante presse à canard, une table à trancher et une table à découper de la Maison Christofle. Les résultats attendus de cette vente sont prudents, les 1,2 millions d’euros annoncés devraient certainement être battus.

© Stéphanie Toussaint