Jeudi 22 Octobre 2026
Michael Silacci (Opus One).
Auteur
Date
22.10.2026
Partager
Michael Silacci est une figure incontournable des grands vins du monde. Arrivé en 2001 à Opus One, il en est devenu l'unique winemaker à partir de 2003, contribuant à écrire certaines des plus belles pages de ce domaine californien fondé en 1978 par Philippe de Rothschild et Robert Mondavi. À l'heure d'annoncer sa retraite suite aux vendanges 2026 (son successeur sera annoncé en début d'année prochaine), il retrace pour Terre de Vins le formidable chemin parcouru*.
J’espérais un millésime stimulant, car j’aime les défis. Et ce fut le cas : vague de chaleur sévère en janvier, de la pluie inattendue, des problèmes de floraison et de nouaison dus au vent et aux variations de température... Au final, les rendements étaient plus faibles, mais la qualité des fruits était magnifique.
Habituellement, nous séparons le vin des peaux après 18 à 22 jours de macération. Cette année, nous avons commencé dès 14-15 jours. La dégustation était fantastique, mais je me suis demandé si quelque chose ne tournait pas rond. Non seulement nous avons écoulé plus tôt, mais nous avons réincorporé toutes les fractions de presse (légère, moyenne, forte) dans le vin de goutte. Au final, la couleur est magnifique, la texture en bouche est superbe et le vin de presse s'est parfaitement intégré sans aucune amertume. C'est une belle réussite pour toute l'équipe.
J’ai étudié à l’Institut d’Œnologie de Bordeaux puis à UC Davis. Mon premier emploi a été chez Beaulieu Vineyard pendant plus de six ans. Nous gérions un vignoble gigantesque à l'échelle de la Napa Valley. J’ai ensuite été winemaker chez King Estate en Oregon pour travailler le pinot noir, puis j’ai rejoint Stag’s Leap Wine Cellars aux côtés de Warren Winiarski, une expérience philosophiquement et intellectuellement très stimulante. En juin 2000, un recruteur m’a contacté pour Opus One. Après plusieurs entretiens, notamment avec l'œnologue Patrick Léon et Tim Mondavi, j’ai été engagé au début de l'année 2001.
C’était une concrétisation de ma formation et de mes expériences passées en France et en Californie. Une opportunité formidable de fusionner deux cultures du vin : la vision bordelaise du Baron Philippe de Rothschild et l'esprit d'innovation californien de Robert Mondavi. Cela me permettait aussi de me concentrer sur un seul grand vin (il y a aussi le second vin Overture, mais la gamme du domaine se limite à ces deux références, NDLR). On me demandait souvent si je n'allais pas m'ennuyer en ne faisant qu'un seul vin, mais les nuances constantes du terroir et la recherche de la perfection rendent le travail passionnant au quotidien.
D’abord, de notre capacité à exprimer le terroir et le millésime avec pureté, pour que le vin reflète l'identité d'Opus One. Ensuite, de l’équipe que j’ai bâtie. J'ai toujours voulu former nos équipes aux principes fondamentaux du domaine pour qu'ils s'imprègnent du terroir et qu'ils travaillent avec passion et réflexion. J'ai toujours beaucoup challengé mes collaborateurs, mais pour les aider à réaliser qu'ils étaient capables d'accomplir de grandes choses, même quand ils pensaient le contraire. Former, accompagner, aider les autres à progresser, c'est certainement ce qui m'a rendu le plus fier.
Le lieu avant tout : sa pente douce vers l'ouest, la grande diversité de ses sols (graves, argile, limons). Et bien sûr, les personnes. La vision des fondateurs était simple : créer un grand vin rouge d'assemblage bordelais mais résolument californien, destiné à être partagé, tout en prenant soin de la terre. La fidélité et le dévouement des équipes ici sont incroyables. Nous veillons aussi à préserver une fraîcheur et une acidité naturelles en récoltant au bon moment, sans jamais rajouter d'acide. Enfin, collaborer avec des personnalités exceptionnelles comme Jean-Emmanuel Danjoy (actuel directeur technique de Mouton Rothschild, NDLR) a été un privilège marquant.
Nous avons reçu beaucoup de visiteurs et personnalités, des célébrités, de grands amateurs. Je me souviens aussi d'un groupe d'administrateurs de musées parisiens octogénaires : je les ai emmenés voir une exposition des dessins faits par les enfants de nos employés pour les étiquettes de notre huile d'olive, et ils ont été absolument captivés par la symbolique des œuvres. Une autre fois, l'équipe du chef Alain Ducasse est venue participer aux vendanges nocturnes ; ils ont adoré l'expérience et le moment de convivialité, on mangeait des tacos préparés sur place à proximité des vignes...
Parmi ceux que je n’ai pas produits, le 1987. Et parmi ceux que j’ai réalisés, le 2005 et le 2010. Le 2005 représentait pour moi l'incarnation pure du classicisme d'Opus One, et le 2010 était l'un des plus difficiles et exigeants à façonner, mais le résultat est remarquable.
Je suis optimiste. Nous avons une distribution très équilibrée entre le marché américain et l'export via la Place de Bordeaux. L'attention portée aux détails et les liens humains très forts que nous tissons avec nos visiteurs et nos partenaires font partie de notre ADN. Même s'il y a des périodes d'incertitude économique ou climatique, les jeunes générations reviendront vers le vin.
Je vais m'inscrire pour trois mois dans une école d'art dramatique (Method Acting) à New York ! Non pas pour devenir acteur, mais pour me plonger dans un univers totalement différent et sortir de ma zone de confort.
*Lire également l'article dédié à Opus One, "Un monde nouveau", dans Terre de Vins n°111 (septembre 2025). Suivez ce lien pour commander ce numéro ou vous abonner.
Lire aussi : notre mini-verticale Opus One.*

Articles liés