Présent à la Grande Dégustation Pomerol du 15 novembre prochain à Paris, le château La Pointe a amorcé une renaissance en douceur depuis sa reprise en 2007 par le groupe d’assurance Generali, sous la direction d’Eric Monneret.

Le 15 novembre à Paris, une trentaine de propriétés pomerolaises donnent rendez-vous aux amateurs pour une Grande Dégustation à la découverte de cette appellation, si prestigieuse et en même temps si confidentielle, de la rive droite de Bordeaux. Pomerol, un vignoble de 800 hectares auquel sont associés des noms aussi mythiques que Petrus, Lafleur ou Le Pin, mais qui regorge de pépites au rayonnement plus modeste mais au charme indéniable – et surtout bien plus accessibles pour le commun des consommateurs. Le château La Pointe fait partie de ces pépites. Si elle fait partie des propriétés les plus vastes de l’appellation avec ses 23 hectares de vignes, elle était encore, jusqu’à assez récemment, une « belle endormie » – pour reprendre une expression souvent entendue à Bordeaux pour qualifier des domaines à beau potentiel qui attendent qu’une bonne fée se présente pour les aider pleinement à se réveiller.

La bonne fée de La Pointe est la branche française du groupe italien d’assurance Generali qui, en 2007, rachète le château La Pointe à la famille Darfeuille et en confie rapidement les rênes à un nouveau directeur général, Eric Monneret. Formé entre Rouen, Dijon et Montpellier, ingénieur agricole et œnologue, Eric a fait ses classes à Sauternes (Château Raymond-Lafon) et dans l’Entre-deux-Mers (au château La France, propriété de plus de 90 hectares appartenant aussi à Generali et que le groupe a revendue depuis) avant d’arriver à La Pointe. « Il y avait ici un nouveau chapitre passionnant à écrire« , explique-t-il. « La famille Darfeuille avait fait du beau travail et les anciens millésimes de La Pointe attestaient du potentiel de son terroir, mais il y avait un certain nombre de choses à reprendre, sur le plan viticole comme dans la précision au chai. Il fallait donc repartir à la base, apprendre à connaître les sols et leur diversité, revoir la conduite du vignoble, se doter d’un outil technique plus moderne [en 2009, NDLR]. Tout cela, c’est du temps long… J’ai la chance que l’investisseur soit, justement, un groupe d’assurance qui connaît la valeur du temps long et qui a compris qu’en matière de vin, il faut savoir se projeter au moins à dix ans, certainement à vingt et de préférence à cinquante : c’est le temps qu’il faut pour remettre un vignoble en parfait état, pour construire ou reconstruire une marque. C’est toujours la question : que l’on soit une propriété familiale ou au sein d’un grand groupe, où veut-on aller à long terme ?« 

Le travail de fine tuning amorcé par Eric Monneret a démarré au vignoble, comme il se doit, en établissant une cartographie précise des sols – qui sont beaucoup plus hétérogènes qu’on pourrait l’imaginer à Pomerol. À cheval entre argiles, graves et sables, le vignoble de La Pointe est une mosaïque qui demande une certaine finesse d’interprétation : « il fallait le décortiquer pour en sublimer l’essence, et ainsi placer La Pointe parmi les ‘leaders’ de la deuxième terrasse de Pomerol » explique Eric Monneret, qui reconnaît avoir mis, en incluant son « galop d’essai » en 2008, au moins quatre millésimes à trouver pleinement ses marques à la propriété. Une dégustation verticale réalisée à la propriété sur la période 2009-2020 permet de constater la progression accomplie en matière de précision dans les vins. Alors que l’équipe a été profondément renouvelée en quelques années (avec notamment l’arrivée d’un nouveau directeur technique, Pierre Candelier, en 2019), le château La Pointe garde plus que jamais le cap.

La verticale du château La Pointe
(Les millésimes 2011 et 2019 seront présentés le 15 novembre à Paris)

2004 : un « millésime intermédiaire » et antérieur à l’arrivée de la nouvelle équipe. L’évolution aromatique est assez marquée, avec robe déjà cuivrée, notes de boîte à tabac, de feuille de cigare, âtre et liqueur de café. En bouche, une trame acide assez marquée, une chair un peu svelte et cintrée, une finale convoquant d’agréables indices tertiaires.
2005 : nez dense, compact, assez musqué, un peu fermé de prime abord, sur une concentration trapue. Fruit confit, prune, figue. En bouche, matière déliée, en souplesse, bonne définition de tannins avec du grip, bonne structure d’ensemble avant une finale légèrement asséchante.
2009 : deuxième millésime d’Eric Monneret après le « galop d’essai » de 2008. Sur un profil solaire très prononcé, le vin est un peu sur la courbe descendante, avec une touche alcooleuse marquée (cerise à l’eau de vie, pruneau, cuir vernis. La bouche a un caractère entêtant, capiteux, sur un fruit confit presque décadent, une réglisse fumée, des notes torréfiées et viandées. Les tannins présentent un grain saillant.
2010 : nez intense, robuste et énergique, sur un éclat sombre. Du camphre sur le fruit noir. La bouche est juteuse, on a du volume, de l’énergie, un côté saignant et vivace, un joli toucher de tannins et de la fraîcheur en soutien. Note finement lardée en finale, accompagnée d’un zeste d’orange amère qui vient twister le coulis de mûre. Une belle bouteille.
2011 : « le millésime où je me suis dit : ça y est on a compris » précise Eric Monneret. Souvent qualifié de « classique », 2011 est sans doute plus réservé que son prédécesseur mais non dénué de qualités. Nez sur la baie bleue acidulée, teintée de balsamique, d’encre fraîche et de fleur mauve. Bonne droiture en bouche, pas d’une énorme ampleur mais élancée, tendue, juteuse. Les tannins sont d’une certaine fermeté. Le vin s’étire, on a du fond, de l’allant, une finale un peu stricte rehaussée par des amers nobles.
2012 : plus consensuel et charmeur, un vin un peu plus confortable, voire dodu, déployant un nez opulent de mûre et de ronce, un joli crémeux en bouche, comme une pommade de fruit noir accompagnée d’eucalyptus. Un vin tendre et charmeur, plein de plaisir à défaut d’une grosse structure. Bien taillé pour la table.
2013 : une jolie surprise sur ce millésime très difficile, qu’Eric Monneret qualifie de « millésime de consolidation » pour sa connaissance du terroir de La Pointe. Au-delà du profil « fruit rouge croquant » qu’on lui associe souvent, ce 2013 a une certaine jutosité, un fruit qui ne déborde pas mais affiche une jolie concentration savoureuse, gourmande et digeste, sans la moindre astringence.
2014 : un vin un peu entre deux âges et entre deux mondes, quelque peu disloqué à ce stade. L’éventail aromatique est intéressant, sur un classicisme feutré, cachou et tabac, une certaine netteté dans l’attaque mais un côté flottant en milieu de bouche, manquant de densité et de structure, et une finale un peu raide.
2015 : joli travail d’équilibriste sur un profil « solaire mais pas cuit ». Le fruit noir épicée prédomine, concentré et centré, tabac brun, boisé fondu. La bouche est assez monolithique, sur un jus plein, droit, dense, marqué par une sucrosité prononcée jusqu’en finale, soulignée par une touche grillée. C’est très généreux.
2016 : de l’éclat, de la précision, une certaine énergie qui propulse le fruit rouge bien mûr, lui donne de la verticalité. Cela se retrouve en bouche, tactile, tonique et séveuse. Beaucoup de fraîcheur et un caractère lumineux, élancé dans ce vin aux tannins satinés, plein de gourmandise et d’allant. Le coup de cœur de la verticale.
2018 : après une année 2017 sans vin pour cause de gel, 2018 marque un retour sur un profil solaire, mais plus tonique et élégant que 2015. Là où l’on retrouve un fruit mûr, à l’aromatique explosive de baie noire (voire de tarte aux myrtilles), on a aussi une belle colonne vertébrale qui tient le vin et irrigue la matière tapissante. Gourmand, généreux et sapide mais doté d’une belle tenue.
2019 : sanguin et dynamique, le nez annonce la couleur, une belle définition aromatique et une indéniable fraîcheur, avec un caractère velouté très pomerolais, rehaussé de notes d’orange sanguine et beaucoup de floral. En bouche, un jus tendu, plein et pur, à la texture délicate, portée par des tannins finement dessinés, jusqu’à la finale fraîche et savoureuse. Un vin cohérent du début à la fin, crémeux et digeste.
2020 : on retrouve le côté flatteur des deux millésimes précédents, en poussant les curseurs un peu plus haut. De l’intensité, de la profondeur et de la verticalité, c’est un vin ample, corsé, net, à la maturité affirmée mais portée par une certaine rectitude. Impressionnante densité en bouche, irisée de tannins fins et de beaucoup d’épice, une architecture tannique de belle élégance et une texture en souplesse. Finale sur une fine note cacaotée.

Retrouvez le château La Pointe et d’autres propriétés de Pomerol le 15 novembre, pour la Grande Dégustation Pomerol à l’Intercontinental Paris – Le Grand (plus d’informations ici).

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