Si Chasse-Spleen et Maucaillou restent les deux grands de noms de Moulis, l’appellation connaît une intéressante phase de renouvellement. Et cela commence à se voir. Alors qu’en 2008, Philippe Cuvelier et son fils Mathieu, déjà propriétaires de Clos Fourtet à Saint-Emilion, ont racheté Poujeaux et ses 70 hectares, ils ont été suivis en 2011, par Michel Sartorius et son épouse Lilian Barton. Lesquels, propriétaires de deux grands crus classés à Saint-Julien, Léoville-Barton et Langoa, ont acquis, ici, le château Mauvesin.

Une propriété d’un peu plus de 200 hectares d’un seul tenant dont 46 de vignes en Moulis, 6 en Haut-Médoc, et 150 de bois et forêts. Un ensemble désormais rebaptisé « Mauvesin-Barton » à la faveur d’une mauvaise surprise. « Quand on a racheté, on s’est aperçu que la marque Mauvesin avait déjà été déposée en Chine, sourit Michel Sartorius. On a donc rajouté Barton. » Vu la notoriété mondiale de leur nom dans le milieu du vin, ce couac a été très vite digéré…

Toutefois, si les Barton ont eu un véritable coup de cœur pour cette propriété, ils n’ont pas franchi le cap seulement par amour des belles pierres et de ce château XIXème bordé d’un magnifique plan d’eau. Non. L’objectif est bien de faire du vin. Et à la lueur des investissements consentis, Michel Sartorius ne cache pas que l’ambition est élevée : « Ce vignoble s’était assoupi, reconnaît-il. Mais par le passé il a été cru bourgeois. Il y a un potentiel. Nous souhaitions investir pour nos enfants et le but, c’est, d’ici une dizaine d’années, de réussir à talonner Chasse-Spleen. » Rien de moins.

Si d’importants travaux de drainage ont été menés dans les vignes, toute la partie technique a également été repensée. Et ce au prix d’un chantier long de deux ans, qui entre rénovation des parties existantes et extension de bâtiment, est aujourd’hui en passe d’être terminé. Avec un résultat qui devrait en surprendre plus d’un. Baigné de lumière naturelle et tout en sobriété, le nouveau cuvier de 630 mètres carrés aligne 24 cuves inox thermo-régulées de diverses contenances, tandis que le chai s’impose comme le cœur du projet. Ici, les barriques reposent sur un lit de gravillons blancs dans une ambiance de pierres apparentes et de bois. « C’est un peu notre bébé », glisse Michel Sartorius.

S’il a bien entendu supervisé de près les travaux, c’est sa fille Mélanie qui a pris la direction du domaine, il y a douze mois. En attendant que son frère Mathieu la rejoigne, à 25 ans cette jeune œnologue diplômée, qui a déjà vinifié en Italie, fait ses premiers pas en douceur. Au côté du maître de chai. « Je travaille aussi en liaison avec François Bréhant, le directeur technique de Léoville-Barton et de Langoa », glisse-t-elle. L’oenologue conseil de la famille, Eric Boissenot est également de la partie.

« Nous sommes dans le métier depuis longtemps, on est aussi négociants, on sait où on va », conclut Michel Sartorius. Rendez-vous au sommet.

Jefferson Desport

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