(photo ©F.Hermine)
(photo ©F.Hermine)

Guillaume de Chevron Villette exploite pas moins de 700 hectares de vignes au cœur du Var dont 550 en propriété. Les vignes étaient cernées par les flammes en août dernier. Leur propriétaire qui vient de terminer ses vendanges nous raconte cette annus horribilis.

Vous venez de terminer les vendanges dans un paysage un peu chaotique après le grand incendie de mi-août. Avez-vous pu sauver le prochain millésime ?

Les volumes vont forcément être plus faibles. Nous n’avons pas ramassé les trois-quatre rangées autour des parcelles, ce qui va représenter 25 ha sur les 150 de la plaine. Seuls quelques rangs ont entièrement brûlés à côté des arbres et quelques rangées ont été échaudées; on va sans doute devoir arracher 2-3 hectares. Heureusement les bâtiments au milieu des vignes ont été protégés. Nous avons déjà connu des incendies ici en 1983, 1989, 2003 mais le pire avait été celui de 1979 qui avait brûlé 10 000 hectares. Cette fois, le feu allait tellement vite qu’il sautait par-dessus les arbres et certains oasis plus frais dans les Maures n’ont même pas brûlé et sont restés verts. Il ne manquait pourtant pas d’eau fin juillet mais les grosses chaleurs de mi-août ont tout desséché. On va vinifier à part les parcelles à risque et utiliser du charbon désodorisant à la fermentation pour assainir les notes de fumée. En revanche, il n’y a pas eu de retardant sur le vignoble -comme il est de couleur rouge, on l’aurait vu. Nous avions eu aussi le gel en avril qui était descendu à -7°C pendant deux jours (nous avons cinq stations météo sur le domaine). Nous avons limité les dégâts en utilisant des oligo-éléments la veille en prévention et ensuite sur les parcelles noires. Et finalement, nous allons arriver à 55 hl/ha donc c’est plutôt réussi même si on ne fera pas le plein en volumes.

Comment conduisez-vous le vignoble notamment dans la plaine des Maures ?

En 40 ans, nous avons baissé les intrants de 70%. Ici, nous sommes labellisés Terra Vitis et HVE et même certifiés en bio sur 200 hectares autour de Puget-Ville, Pierrefeu, Le Muy, Carcès, Monfort et Cotignac. A partir des années 80, après mes études d’agronomie et viti-œno, j’ai même travaillé en biodynamie les châteaux Chevron-Villette sur 25 ha et Marouine sur 15 ha car ils étaient isolés. Au château de la Sauveuse, on a 70 ha en bio. Mais sur la plaine des Maures, c’est plus difficile avec des sols acides à forte érosion mais on va y arriver. On n’utilise déjà plus d’insecticides ni d’engrais chimiques depuis les années 80, on met rarement des pesticides et on défend le modèle de Terra Vitis avec une obligation de résultats. Pour la certification, l’idéal serait de pouvoir travailler en bio mais avec une dérogation possible avant la floraison pour les années les plus difficiles. Mon credo est de rendre la terre plus belle et plus propre qu’on me l’a donnée, c’est ma culture mais nous avons aussi une obligation économique. Il suffirait d’obliger l’analyse des vins au final. En tout cas, toute la génération qui arrive veut faire propre et ils ont les infos et les formations pour ça. C’est encourageant.

Pourquoi un si grand domaine en Provence est aussi peu connu ?

J’ai développé Château Reillanne qui est en 100% mise château en négoce avec une centaine d’hectares et quelques autres domaines mais au départ, je voulais créer une marque comme Cellier des Dauphins où j’avais fait un stage du temps de François Boschi qui répétait toujours : du facing, du facing et encore du facing. Reillanne s’est beaucoup développé en France – nous dépassons aujourd’hui plus d’un million de bouteilles, principalement en GD en faisant déguster pendant les foires aux vins depuis la fin des années 80. Mais nous n’avons pas réussi à percer à l’export où le statut de récoltant n’est pas demandé, en tout cas pas pour les provence; nous faisons juste des marques distributeurs. Pour se développer davantage, il faudrait beaucoup miser sur le marketing et l’événementiel mais nous n’avons pas les moyens des domaines qui ont été rachetés dans les environs depuis dix ans et qui bénéficient de gros capitaux extérieurs. Les prix ont vite flambé surtout depuis le rachat de Miraval. Nous sommes donc à ce jour le plus gros domaine de Provence – on exploite 700 ha dont 550 en propriété, et nous sommes fiers d’avoir su garder un bon équilibre économique grâce à une logique de paysan et à l’un des outils les plus modernes de la région avec un tri optique dernière génération. Mais quand on est distribué surtout en GD sans investir dans le marketing et la communication, on n’a pas de notoriété.