Stéphane Vignon est vigneron sur la Montagne de Reims. C’est aussi un grand amoureux du terroir qui l’entoure. Grâce à l’aide d’un artisan tonnelier, il n’hésite pas à enfiler les bottes pour choisir le chêne qui sera utilisé dans la fabrication de ses fûts.

Si l’on connaît l’intérêt de la vinification et l’élevage en fût, l’étape de sa fabrication reste encore bien souvent relégué au savoir-faire tout particulier des tonneliers. Quant au choix de l’arbre – généralement du chêne – qui deviendra tonneau, fût, barrique… il faut remonter jusqu’aux délicates règles de gestion de l’Office National des Forêts. Stéphane Vignon, lui, connait son sujet sur le bout des doigts. Propriétaire de deux hectares de forêt près de Verzenay (Le Bois Saint-Thomas) il est de ces vignerons qui aiment connaître leur environnement dans les moindres détails.
“J’ai appris qu’il y avait une tonnellerie en Champagne il y a 10 ans, avant je n’avais que des fûts qui venaient de Bourgogne comme la plupart des vignerons”, confie-t-il. Il suit désormais de près l’élaboration des contenants qui vont servir à l’élevage de ses vins, pour une parfaite adéquation entre terroir de la vigne et terroir du fût.

Promenons-nous dans les bois

Choisir un arbre ne se fait pas n’importe comment. Défense à ceux qui voudraient tenter l’aventure seul, l’œil du vigneron ne peut se passer du geste du tonnelier. Jérôme Viard, gérant de la tonnellerie de Champagne, rappelle d’ailleurs avec insistance qu’on ne coupe pas un arbre mais qu’on le prélève. Ainsi un chêne pourra être utilisé pour la fabrication de 3 ou 4 fûts en fonction du choix de l’arbre, rappelle Jérôme Viard : “il faut choisir des chênes qui soient rectilignes sans développement de branches, une écorce assez fine, des critères qui apporteront des tanins soyeux et élégants aux vins. Le bois permet de révéler le vin et pas de le modifier. Un grain très fin, c’est un arbre qui a une histoire et qui va permettre en plus de l’oxygénation de donner des vins particuliers. À arbre particulier, vin particulier”. Le chêne prélevé ce jour-là, en plus d’être singulier, est aussi historique puisque qu’après comptage minutieux des cernes, le feuillu aurait connu les bombardements de la Première Guerre mondiale.

Ce rescapé de 14-18 deviendra un écrin pour les vins après 3 ans de séchage des merrains – ces pièces rectangulaires issues du fendage du bois. Puis les merrains deviendront douelles. Une trentaine est nécessaire pour réaliser la coque du fût. Il se passera presque 12 ans entre le prélèvement du chêne centenaire et la commercialisation des parcellaires de Stéphane Vignon. Patience est le maître mot de ce vigneron à l’affût du fruit et de l’équilibre.
Pas de boisé outrageux ici, mais un boisé qui permet une micro oxygénation lente du vin et des tanins fondus.
Ainsi le blanc de blancs issu de la parcelle des Rochelles a déjà la pêche. Philippe Jamesse, ex- sommelier du Domaine des Crayères à Reims, a été séduit par “sa maturité et sa douceur confite. On sent également une dimension pierreuse sublime”.
Le pinot noir des Croyettes, vignes situées autour du Moulin de Verzenay, est déjà une petite fraise à croquer.
Toutes les cuvées de cet équilibriste du fruit sont non filtrées, non chaptalisées, non collées et sont vinifiées avec des levures indigènes. Son modus operandi : le terroir au fond du verre, y compris par le bois.

À DÉGUSTER : Blanc de blancs, extra-brut
“Un Grand Blanc sur un grand Terroir de Noirs”. Nez évoquant les fruits blancs (pêche de vigne, abricot) les fleurs blanches et des notes minérales. Nez ouvert et expressif, 2015 est une année charmeuse, de fruit !