(photo : Audrey Marret)
(photo : Audrey Marret)

Réunis ce lundi avec plusieurs élus de Gironde, les représentants des vins de Bordeaux ont une nouvelle fois demandé la création d’un fonds de compensation de 300 millions d’euros, pour l’ensemble de la filière française du vin.

« C’est une situation d’extrême urgence ». Depuis le 18 octobre 2019, les vins français subissent de plein fouet les représailles américaines dans la guerre commerciale qui oppose Boeing l’Américain à Airbus l’Européen. Un conflit devenu un bras de fer entre la France et les États-Unis, auquel il faut ajouter la taxe numérique (dite taxe GAFA), cependant gelée par le gouvernement français jusqu’à la fin de l’année.

Ce conflit-là, « c’est un sujet qui n’est pas le nôtre », a martelé plusieurs fois Bernard Farges, à la tête du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). Et pourtant, c’est bien la filière viticole française tout entière qui trinque : la taxe sur les vins français a augmenté (en toute légalité) de 25 % aux États-Unis. L’effet a été immédiat : sur le seul mois de novembre 2019, l’ensemble des exportations de vins français a chuté de 33 %, selon les chiffres de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS). À eux seuls, les vins de Bordeaux ont enregistré, toujours en novembre, une baisse de 46 % de leur chiffre d’affaires avec 24 % de volume en moins exporté sur le marché américain.

Front commun pour des mesures rapides

Dans un contexte d’incertitude sur les marchés anglais (troublé par le Brexit) et chinois, la filière vin tient à sauver le marché américain, qui représente près de 1,4 milliard pour l’ensemble des appellations françaises. La Provence, la Loire ou la Bourgogne sont aussi atteintes par l’augmentation de ces taxes, a tenu à rappeler Bernard Farges. Également président de la Cnaoc, qui regroupe l’ensemble des syndicats viticoles d’appellation de France, et président de la Fédération européenne des vins sous appellation, Bernard Farges est bien décidé à faire valoir un front commun pour demander des mesures « rapides » au gouvernement. Les champagnes sont cependant épargnés, la taxe ne s’appliquant qu’aux vins tranquilles.

À Bordeaux comme dans d’autres régions viticoles, les représentants de la filière vin comptent bien sur l’appui des élus locaux pour demander la création d’un fonds de compensation de 300 millions d’euros, qui permettrait de soutenir toute la filière française. Ces 300 millions représentent 25 % (soit le taux de la taxe américaine) du chiffre d’affaires de la filière vin aux États-Unis. Ce lundi, dans les locaux du CIVB, les six sénateurs de Gironde (un était représenté), deux députés, deux élus des communautés de communes de Médoc Estuaire et du Libournais étaient présents aux côtés d’un représentant du maire de Bordeaux, Nicolas Florian.

« La reconquête sera longue, coûteuse »

L’occasion pour Bernard Farges de regretter « l’absence » du ministère de l’Agriculture sur ce sujet et le renvoi systématique au niveau européen pour constituer le fond de compensation. Ce conflit commercial résulte de choix politiques français, tranche le président de l’interprofession bordelaise : « Le fonds de compensation doit être français. »

D’autant que sur le marché américain, c’est l’Italie, non taxée sur ses vins (près de 10 % des volumes de ventes aux États-Unis) qui pourrait profiter de la perte de vitesse de la France (4,7 % des volumes de vente).

« La reconquête sera longue, coûteuse et difficile », prédit Georges Haushalter, vice-président du Conseil spécialisé de FranceAgriMer. Le système douanier américain, qui permet de revoir régulièrement la liste des produits taxés et le taux de la taxe, ajoute à l’incertitude : les vins livrés avec du délai courent le risque de voir leur taxe augmenter, jusqu’à 100 % si le gouvernement de Donald Trump le décide.

À l’heure où s’approchent les primeurs (fin mars), des vins traditionnellement livrés deux ans après une promesse d’achat, « nous sommes très inquiets au moment où la planète vin va venir à Bordeaux », s’alarme Jean-Marie Garde, président de la Fédération des Grands vins de Bordeaux. La semaine des primeurs 2020 sera particulièrement surveillée : la filière bordelaise espère d’ici là un « signal fort » en faveur des vins français.