vendanges en Pessac Léognan ©DR
vendanges en Pessac Léognan ©DR

La sècheresse de 1976 et la canicule de 2003 ont marqué les esprits et l’inquiétude est montée pendant ce long été 2022 particulièrement chaud et sec. Alors, quel vin se profile en cette fin de vendange ?

Jacques Lurton, le président du syndicat de Pessac Léognan annonce tout de suite la couleur : « la qualité est assez exceptionnelle ».  Et d’ajouter « la grande surprise, c’est la fraîcheur du fruit : c’est assez inattendu parce qu’avec ces chaleurs, on s’attendait à avoir un raisin sur mûri, un peu cuit ». Il y a eu bien sûr « beaucoup de flétrissement à cause de ces conditions climatiques mais les systèmes de triage ont pu éliminer les raisins qui ont flétri ». Une analyse partagée par Julien Lecourt, le directeur du développement du château Pape Clément, qui a eu « très peur que la sécheresse affecte les merlots et qu’ils tournent a des profils aromatiques de fruits cuits avec un haut degré alcoolique ». Une fois les baies flétries éliminées, ce qui reste est « dans un état sanitaire remarquable » souligne Jean Christophe Mau du Château Brown.

Des baies assez petites mais des jus de qualité

On observe « des merlots avec de petites baies, des peaux très épaisses et une couleur très marquée », mais finalement ceux-ci sont « très fruités et les premiers jus sont assez aromatiques » poursuit Jean Christophe Mau. Fabien Teitge, le directeur technique du Château Smith Haut Lafitte complète : « on retrouve les trames de tanins, la concentration et la structure qu’on imaginait mais la grosse surprise est qu’on a des bonnes acidités malgré la chaleur de l’été : ça rééquilibre la puissance et la structure des vins. Une dimension de fraicheur qui va être superbe avec des structures et des concentrations élevées ».

Un constat partagé par l’ensemble des châteaux. Cette acidité garante de la fraîcheur et du potentiel de garde est là, ce qui manquait sans doute au 2003. Des premiers vins « extrêmement fruités » nous dit Julien Lecourt, « plus qu’en 2020, et déjà des tanins fondus, sans astringence ». Oui, une belle surprise donc. Le cabernet sauvignon s’annonce « sublime » à château Brown, « avec des rafles très brunes : un signe qui ne trompe pas sur la maturité, c’est un bon indicateur » se réjouit Jean-Christophe Mau. « Un cabernet sauvignon qui passe mieux les épisodes de sècheresse que le merlot en général ».

Maîtriser les extractions !

La couleur est là, dans des peaux très riches et « si on ne fait pas attention à la manière d’extraire on prend le risque d’avoir des vins très colorés et charpentés, très puissants. Il va falloir être vigilant » précise Jean Christophe Mau. « La charge de couleur se libère très vite cette année » renchérit Jacques Lurton. Pour Julien Lecourt à Pape Clément « le challenge est de ne pas trop extraire. La date de décuvage va jouer, celle-ci va être un peu plus précoce ». Un discours relayé par Fabien Teitgen du Château Smith Haut Lafitte qui conclut : « Il faudra gérer avec un peu de doigté les extractions et les macérations et piloter finement tout cela. Les vins de presse ne seront pas primordiaux car on aura les tannins dès les macérations ».

Quant à ce miracle du 2022 alors que les conditions climatiques étaient contraignantes, on peut avancer quelques hypothèses. La terre s’est constituée une petite réserve grâce à la pluviométrie de mi-juin (entre 30 et 60 mm) ce qui a permis à la vigne de passer le cap de la canicule. Autre idée, les vignes ont gagné en couvert végétal depuis deux décennies (moins d’herbicides): ce couvert a-t-il créé une compétition avec la vigne, la forçant à s’enraciner plus profondément ? Des hypothèses que Pape Clément, avec son pôle recherche, compte bien explorer.
En tous cas, selon plusieurs châteaux, le 2022 s’annonce supérieur au 2020 et très vraisemblablement au 2019 : vérification lors des dégustations des primeurs.