Grâce à un jeune entrepreneur amoureux du vin, la cité phocéenne renoue avec la production du vin dont elle est le berceau dans l’Hexagone. Un projet créé il y a 3 ans et en plein essor.

Le parcours de Lionel Fauquier est finalement semblable à celui de nombreux quadragénaires. Une première vie relativement classique pendant une vingtaine d’années dans le marketing sportif, loin du monde du vin duquel étaient issus ses grands-parents héraultais. Et pour cause, son père qui connaissait trop les difficultés du métier de vigneron avait guidé ses enfants vers d’autres voies. Mais il faut croire que l’amour des vignes dans lesquelles il jouait enfant devait être plus fort. Lionel va donc choisir d’opérer un tournant total après la découverte des modèles des wineries urbaines lors d’un voyage aux Etats-Unis en 2016. Nées là-bas en 2008, ces structures visent à relancer la production de vin dans le centre des villes. Qu’à cela ne tienne. “Néo-Marseillais depuis 20 ans” comme il aime à se présenter, Lionel se passionne pour sa ville d’adoption. Et pour son histoire viticole, celle initiée il y a 2600 ans par les Phocéens qui diffusèrent les techniques de vinification et qui s’est prolongée jusqu’au XIXème siècle, le phylloxera anéantissant alors toutes les vignes locales.

Une croissance par étapes

C’est dans le 11ème arrondissement qu’il va créer sa “Marseille Winery”. Par l’entremise d’un œnologue de la région, Lionel va rencontrer des vignerons des alentours qui vont lui faire confiance et lui témoigner beaucoup de bienveillance. Des parcelles vont être identifiées pour leurs qualités. Avec la volonté initiale de vinifier les raisins dans les locaux marseillais. Pourtant, érafloir et pressoir vont vite être revendus. “Les risques d’oxydation sont très importants lorsque l’on transporte les raisins des vignobles jusqu’en ville. Cela nécessite de vendanger manuellement, de transporter les caissettes de raisin en camion frigorifique puis de pouvoir les stocker au froid sur place. Tout cela impliquant en outre un surcoût non négligeable”. C’est donc directement chez les vignerons que les raisins sont pressés. Les rosés qui sont rapidement embouteillés sont achetés directement aux domaines, alors que les vins à élever sont rapatriés à la winery. “Nous utilisons des cuves inox, des barriques bois et des œufs en grès. Ces derniers nous donnent d’ailleurs grande satisfaction et nous allons certainement basculer de plus en plus nos élevages vers ce type de contenants” confie Lionel.

Il en ressort une gamme courte, aux tarifs raisonnables : 8€ pour la gamme classique dans les 3 couleurs et 10€ à 12€ pour la gamme bio. Avec parfois une cuvée qui sort des sentiers battus. “Cette année, pour notre 3ème millésime, nous avons décidé d’isoler 10hl de syrah issue de vieilles vignes pour donner naissance à une micro-cuvée 2600“. L’essentiel des vins sont destinés au réseau traditionnel, notamment les cavistes qui assurent la promotion des vins. Leur volume augmente régulièrement, de 6 000 bouteilles la 1ère année (2018) à près de 50 000 bouteilles prévues cette année. Et en ligne de mire, certainement en 2021, des vins issus des propres vignes 100% marseillaises de Lionel. “Nous espérons avoir le droit de planter 2 parcelles de 4ha et 5ha situées à Marseille intra-muros” (la ville, très étendue, disposant encore d’un peu de surfaces agricoles). Et compte tenu de l’influence maritime, de l’altitude sur les hauteurs de la ville et du vent bienfaiteur, nul doute que la Marseille Winery devrait réussir son pari.

marseillewinery.com