On connaissait « A bout de souffle » de Godard, voici le « Nouveau souffle » de Gosset, une œuvre de Vincent Rahir exposée dans le cadre du festival « Vign’Art » au beau milieu du parc classé de la marque à Epernay.

Vincent Rahir s’était déjà distingué dans le monde du champagne en installant son manchot « rudement chaud » dans la cour du champagne Jacquart à Reims. Pour le champagne Gosset, il a créé un autre animal non moins symbolique, une baleine. En plein cœur du jardin de la Maison, la tête de cette sculpture grandeur nature surgit du sol comme elle surgirait de la mer, donnant l’étrange impression de voir revenir à la vie l’une de ces créatures marines englouties dans la craie au temps du Campanien et dont les racines des vignes se nourrissent aujourd’hui pour donner au champagne ses arômes salins et iodés. Car qu’est-ce que le champagne sinon la résurrection par la bulle, l’espace d’une coupe, de ces milliards d’êtres fossilisés dans notre terroir ? L’œuvre selon son auteur se veut ainsi une capsule temporelle « qui nous rappelle le rôle joué par l’eau sur le sol de la région. La Vallée de la Marne est d’une grande richesse. Les vignes qui y sont plantées puisent leur force dans les coteaux et dans la craie, lesquels ont été façonnés par l’eau il y a des millions d’années. Une mer bleue qui a laissé la place à un océan de vignes ».

La Maison a été motivée dans son choix par le caractère accessible de cette création. Thibaut Le Mailloux, directeur de la communication, explique : « C’est ce qui fait le pont avec l’œuvre exposée l’année dernière, un rouleau à pâtisserie géant, il y a un concept, de l’intellect, de la culture, mais on peut apprécier cette sculpture même si on n’est pas un amateur d’art contemporain ou de Land art. Elle a en effet un côté figuratif et sympathique. La baleine est un animal qui suscite une émotion positive parce que c’est un des symboles de la pérennité du vivant sur la planète, cet animal nous venant quasiment de la préhistoire. La profondeur dans le temps fait écho à celle de notre Maison de vins, la plus ancienne de Champagne. Si nous sommes un négociant dépourvu de vignes, nous voulions aussi rappeler par cette œuvre que notre attachement au terroir n’est pas moins légitime. »

La Maison y voit également un moyen de marquer davantage sa présence dans le paysage sparnacien en prenant sa part dans la vie œnotouristique du champagne. L’année dernière, Gosset avait rendu accessible pour la première fois son parc, et lancé une boutique et un bar à champagnes. Cette année, la nouveauté qui accompagne cette deuxième œuvre réside dans l’ouverture, sur réservation, de ses caves magnifiques. « Nous voulons lutter contre notre image de maison un peu secrète. Si nous sommes une maison confidentielle, ce n’est que par notre taille ! »

Il s’agit enfin d’inscrire la maison dans une trajectoire où la préservation de l’environnement va prendre de plus en plus de place. Gosset ne produit déjà plus que des packagings 100 % locaux et recyclables, tout comme « Le Nouveau souffle » entièrement éco-conçu, puisqu’il a été élaboré à partir de plaques Dibond utilisées pour faire des panneaux publicitaires en plein air. Mieux encore que du recyclage, il s’agit d’une forme de « up-cycling » dans mesure où ce matériau aura d’abord servi à délivrer un message bassement commercial et matérialiste avant d’être transformé pour devenir vecteur d’un sens purement artistique et désintéressé. D’ailleurs, qu’est-ce que le champagne, sinon la plus belle forme de up-cycling, celle qui a permis, grâce à la bulle, de recycler en nectar des rois un vin que l’on jugeait jadis trop vert et acide ?

Terre de vins aime : Gosset Grand Millésime 2015, un extra-brut plein de fraîcheur aux délicieux accents d’agrumes confits et de fruits jaunes doublés de notes pâtissières. Prix : 62€.

®IMAGESinAIR Production