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Tertre Blanc : un assemblage atypique à Bordeaux

Auteur

Mathieu
Doumenge

Date

30.03.2016

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Chardonnay, Gros Manseng, Viognier, Sauvignon blanc. C’est l’assemblage atypique – et inédit pour Bordeaux – du Tertre Blanc, le vin blanc révélé par le château du Tertre (5ème Grand Cru Classé, Margaux) à l’occasion des Primeurs.

Aile d’Argent de Mouton-Rothschild, Pavillon Blanc de Château Margaux, Blanc de Lynch-Bages, Caillou Blanc de Talbot, ou encore Le Cygne de Fonréaud… Le Médoc, réputé pour ses vins rouges, se signale aussi depuis longtemps par une production de vin blanc, confidentielle mais prisée des amateurs. Nombreuses sont les propriétés qui, à l’image du château Fourcas Hosten à Listrac, se lancent à leur tour dans la production de vin blanc.

« Pas un blanc pour aller sur des huîtres »

Dernier en date à tenter l’expérience : le château du Tertre, 5ème Grand Cru Classé 1855 (Margaux). Mais plutôt que de suivre l’exemple de ses illustres voisins médocains, la propriété – avec Château Giscours – de l’homme d’affaires néerlandais Eric Albada Jelgersma se distingue avec un blanc résolument atypique, dont le premier millésime – 2015 – vient tout juste d’être présenté au négoce à la veille des Primeurs. Alors que certaines propriétés de la rive droite de Bordeaux ont jeté leur dévolu sur le chardonnay, ce Tertre Blanc, produit sur une superficie d’un peu plus de 1, 5 hectare, est un assemblage inédit de Chardonnay (42%), Gros Manseng (31%), Viognier (16%) et Sauvignon blanc (11%).

« Cela faisait plusieurs années que nous réfléchissions à l’idée de produire un vin blanc au château du Terte », explique Alexander Van Beek, directeur général du château du Tertre et de château Giscours. « Mais nous voulions faire un blanc comme nous l’aimons, dans la lignée de ce que nous avons fait au domaine Caiarossa en Toscane, où nous sommes partis de zéro. Un vrai blanc de plaisir et de gastronomie, agréable pour l’apéritif mais qui se tient bien à table, pas juste un blanc pour aller sur les huîtres. Nous ne voulions aller sur le terrain des grands blancs de Bordeaux que l’on peut trouver dans les Graves, ni sur celui des réussites du Médoc. Nous voulions notre propre style. Or il se trouve qu’Eric Albada Jelgersma a une passion pour les grands blancs de Bourgogne. Nous sommes donc partis sur un blanc à dominante de chardonnay ».

Avec l’aide de l’œnologue consultant Denis Dubourdieu, l’équipe s’est donc mise en quête des meilleurs sols sablo-graveleux pour planter du chardonnay… mais pas seulement. L’expérience en Toscane, avec un blanc mariant chardonnay et viognier, a été une première inspiration pour aller vers un assemblage inédit : chardonnay pour l’amplitude et la minéralité, viognier pour le côté fruit mûr et floral. A cela se sont ajoutés le sauvignon, célébrité locale, pour sa vivacité et, plus étonnant, le gros manseng, cépage gascon par excellence. « Il apporte du caractère et de la fraîcheur », souligne Alexander Van Beek, « mais c’est un cépage tardif qui a besoin d’une très belle arrière-saison. Le millésime 2015 s’y prêtait mais il n’est pas dit que le gros manseng continue d’occuper une telle proportion dans l’assemblage, ni même qu’il y reste. Auquel cas nous augmenterons la part de chardonnay ».

Sudiste et Bordelais

Évidemment, avec un tel assemblage, ce Tertre Blanc (prix indicatif 25 €) est vendu en Vin de France. « C’est magnifique d’avoir des cépages en AOC, mais c’est aussi intéressant, sur un tel projet, d’écrire sa propre histoire », explique Alexander Van Beek, qui se réjouit déjà que son blanc, dès son premier millésime (le 2014 était à titre expérimental), séduise déjà les acheteurs : deux partenariats exclusifs ont été signés avec des négoces bordelais pour la mise en marché des quelque 6000 bouteilles produites. A terme, la propriété vise entre 7500 et 8000 bouteilles par an.

A la dégustation, ce blanc se révèle foncièrement différent de ce que l’on trouve à Bordeaux : un profil à la fois « sudiste et bordelais », avec un premier nez plutôt chardonnay, sur les agrumes, puis viennent l’ananas frais, la pêche, le tilleul. En bouche, la matière est onctueuse, avec du gras, puis une arête acide très « Gascogne », un fruit croquant. L’élevage est encore marqué à ce stade, le boisé doit se digérer. A servir sur une aile de raie aux câpres, ou comme le suggère Alexander Van Beek, « des asperges avec une sauce hollandaise ».