Assister à l’éclosion d’un nouveau millésime de Rare champagne est une chose toujours unique tant l’éloge de la lenteur est érigé dans cette Maison comme un pré-requis obligatoire. Avec, à la clé, un champagne rosé qui s’affranchit merveilleusement de sa couleur.

Il est des flacons qui se font discrets et dont la dégustation représente un moment de grâce. Rare champagne appartient à cette race des seigneurs de la Champagne. Fleuron de la Maison Piper-Heidsieck aujourd’hui conduit de manière autonome par Benoît Collard, son histoire est plus que bicentenaire. C’est à Marie-Antoinette qu’une cuvée de prestige fut présentée par Piper-Heidsieck à la fin du XVIIIème siècle, en 1785. Un événement faisant date qui justifia la création un siècle plus tard d’une cuvée du centenaire, véritable acte de naissance de cette maison de champagne si particulière. Les vicissitudes de l’Histoire ont induit un sommeil de plusieurs décennies jusqu’à la renaissance en 1976. Ce premier millésime relança une histoire qui s’écrit désormais à contre-temps d’une société avide de nouveautés en permanence. Seule une conjecture d’éléments parfaite peut conduire Régis Camus, le chef de cave, à décider d’initier la production d’un nouveau millésime maison. Ceux-ci ont été à ce jour au nombre de 9, le dernier-né étant le 2002 actuellement disponible au potentiel immense. Et progressivement, une gamme se constitue. Les bouteilles seront désormais épaulées de magnums et de jeroboams. Et depuis 2007, le rose a fait son apparition. Une évidence pour Régis qui en est un ardent défenseur.

Un grand champagne de gastronomie

La tendance est à des nuances rose pâle ? Rare rosé 2008 arbore fièrement des nuances cuivrées envoûtantes et du plus bel effet. Le champagne rosé serait une coquetterie sans intérêt particulier ? Rare rosé 2008 impose la déférence tant il transcende les classiques du genre. Né d’un assemblage de chardonnay et de pinot noir principalement en provenance de la Montagne de Reims, ce second opus est d’une très grande précision, marqué par une immense droiture de bouche qui rappelle son pedigree. La fraîcheur de ce vin ayant près d’une décennie ne surprend guère quand on connaît le potentiel de vieillissement en pleine forme des jus produits par Rare champagne. Le crémeux de bouche révèle encore davantage la noblesse de cette cuvée dont la trame aromatique est cette fois-ci particulièrement guidée par des notes de cassis. Avec comme corollaire de son rang, une triple alliance avec le temps.

Il faudra tout d’abord patienter encore quelques mois pour pouvoir approcher ce Rare rosé 2008 (395€) dont la commercialisation est prévue au second semestre 2019. Le posséder ne signifiera toutefois pas le consommer dans l’immédiat car les années sauront lui apporter un surcroît de profondeur qui ravira les amateurs patients. Enfin, son évolution permanente dans le verre suggérera un long repas qui aura pour intérêt d’associer ce vin à différents mets forts en goût. Plus qu’un grand champagne rosé, un grand champagne.