Dans « Terre de Vins » n°22, Jean Guyon – propriétaire de six châteaux dans le Bordelais, dont le cru bourgeois Rollan de By – s’est allongé « sur le divin » pour livrer ses vérités. Sans langue de bois et avec une belle dose de provocation. Extraits.

Né le 10 février 1949, Jean Guyon a fait fortune dans la promotion immobilière et la décoration d’intérieur, puis développé différentes sociétés en Arabie saoudite, où il était appelé au chevet des palaces. Administrateur chez Lanvin depuis juin 2012, il s’est pris de passion pour le vin en 1990 en achetant deux hectares en nord Médoc, à Bégadan, avec le château Rollan de By. Le château La Clare, Tour Seran, La Rose de by, puis Greysac (racheté tout récemment à la famille Agnelli, groupe Fiat), font aujourd’hui de lui le plus grand propriétaire (en surfaces plantées) du Médoc, pour un volume annuel d’environ 1, 3 million de bouteilles. Cet insatiable touche-à-tout s’est allongé sur le divan pour « Terre de vins ». Voici quelques morceaux choisis de cette interview à retrouver dans son intégralité dans notre numéro 22.

Les gens ont de toi davantage l’image d’un businessman que l’image d’un homme les pieds dans la terre. Quel est ton portrait intime ?
J’ai acheté deux hectares, fin 1989, avec une cabane en bois. J’y ai vécu pendant deux ans et ce fut un grand bonheur. Le développement du vignoble s’est fait parce que c’est mon caractère. Avancer, avancer, avancer… A l’origine, ce vin là était le « vin des potes ». Un jour, j’ai décidé de prendre ça en main. J’ai voulu que le rouleau compresseur se mette en route. Avec deux hectares, je ne pouvais rien faire. Je voulais m’amuser mais ne pas perdre d’argent. Une passion qui fait perdre de l’argent est une passion stupide. Après, j’ai trouvé trois hectares, puis six, encore deux… Petit bout par petit bout, de 1990 à 2000, je suis passé de deux à quarante-cinq hectares, toujours sur le plateau de By. Je voulais privilégier le terroir.

Qu’est ce qui fait que Rollan de By a plu et plait aujourd’hui ? Quelle est la signature Jean Guyon ?
Une majorité de merlot, qui donne des vins plus souples. J’ai un goût proche de celui d’un enfant : j’aime ce qui est rond et tendre, je n’aime pas ce qui est tannique. J’ai basé tout mon travail à la vigne sur ce résultat. Rollan de By, c’est du gâteau, du chocolat. Quand tu bois un verre, tu as envie d’en boire un deuxième. On ne se dit pas « il sera bon dans vingt ans ». Tu bois, c’est un plaisir immédiat. Rollan de By est comme son propriétaire, puissant et tendre.

Ton côté anti-protocolaire à Bordeaux détone. Quel regard portes-tu sur les Bordelais ?
Je ne les connais pas. Je suis dans mon nord Médoc. J’ai mes affaires à Paris, en Suisse et ici. Bordeaux, je n’ai pas le temps. Leurs soirées guindées, cela m’emmerde. Je préfère dîner avec mes copains, en jean, boire de bonnes bouteilles, écouter de la musique. Les Bordelais m’ont choqué au départ… J’ai invité le Président des courtiers de l’époque, Max de Lestapis. Il a goûté Haut Condissas. Il m’a dit « c’est merveilleux, mais ce n’est pas un bordeaux. Ce n’est pas un vin d’ici. C’est trop bon ». C’est quoi, cette réflexion ? Et là, ils viennent de me virer de l’Union des grands crus ! Je n’en connais pas les raisons. Grosso modo, c’est un délit de sale gueule. S’ils veulent continuer à faire de la consanguinité, ils deviendront de plus en plus bêtes.

Tu as décidé de ne pas en rester là. Comment vas-tu répliquer ?
Je veux créer le Cercle rive gauche avec Alain Raynaud (lire l’interview dans « Terre de Vins » de septembre 2012 et notre récent article). Il sera lancé pour Vinexpo. Tu vas voir, on va parler de nous ! Alain Raynaud travaille à mes côtés sur ce projet. L’objectif, c’est de proposer à des gens une sélection des meilleurs vins de bordeaux en termes de rapport qualité-prix dans une association qui regroupe la rive droite et la rive gauche de Bordeaux.

Propos recueillis par Rodolphe Wartel.
Interview à lire en intégralité dans « Terre de Vins » n°22, actuellement en kiosques et disponible en ligne en suivant ce lien.