Salle comble ce matin, à l’étage du Palais de la Bourse de Bordeaux pour une masterclass rare. A l’occasion de Bordeaux Tasting, le Château Palmer a accepté d’entamer un voyage dans le temps. Pendant près de deux heures, Thomas Duroux, le directeur du Château Palmer, Gérard Basset, meilleur sommelier du monde et collaborateur de Terre de vins et Sylvie Tonnaire rédactrice en chef de Terre de Vins aux accords bien trouvée, ont rythmé le spectacle. De 2009 à 1990, les millésimes se sont enchaînés, mais sans se ressembler, une odyssée au cœur de ce troisième grand cru classé de Margaux.

Sous les feux des projecteurs, Thomas Duroux, directeur technique du château de Palmer, qui a accepté de venir passer un dimanche au palais de la Bourse, à Bordeaux Tasting, pour raconter l’histoire de ce terroir particulier de la rive gauche. Tout commence en 1814. Charles Palmer, officier anglais vainqueur de la guerre napoléonienne, rencontre Marie Du Gasq, lors d’un voyage en diligence en direction de Paris. Déjà propriétaire à Cenon (Parc de Palmer, rocher de Palmer) de l’autre côté de la Garonne, il devient l’acquéreur de la propriété et développe considérablement superficie des vignes. L’ex-château de Gasq devient alors Château Palmer. En 1856, la propriété, acquise par Emile et Isaac Perreire, se fait construire un romantique château au style Second Empire, que l’on peut encore admirer, chaque fois que l’on emprunte la RD2, la route des châteaux du Médoc.

Très vite apprécié des Anglais, le vin de Château Palmer devient le bien-aimé de la cour du Régent et se déguste dans tous les endroits chics de Londres. « Ce qui est toujours le cas, Palmer est à Londres un vin très apprécié et très vendu dans les plus beaux endroits. Je le sers depuis toujours dans mon établissement de Southampton, et les gens en redemandent », confirme Gérard Basset. Et d’ajouter « la magie de Palmer est de tenir incroyablement longtemps… 30 ans, 40 ans, voire plus ».

Durant la dégustation se sont succédés Alter Ego 2009 (le second vin du Château), Château Palmer 2009, puis Château Palmer 2005, 1999, 1995 et enfin 1990. Un voyage hors du commun pour tout amateur de vin, relevé par les accords mets-vins de Sylvie Tonnaire, allant du tournedos rossini au lièvre à la royale, en passant par un petit salé aux lentilles, des bécasses rôties, de fines lamelles de salers affiné ou encore des cailles aux raisins et au foie gras. Les papilles des dégustateurs s’en souviendront.

Une curiosité dans cette dégustation, « Historical XIXth Century Wine », un vin produit depuis 2004, déclassé en vin de France et non millésimé. Pourquoi ? Un assemblage très particulier, en terres bordelaises de cabernet-sauvignon et merlot, avec 10 % de syrah. « L’idée m’est venu grâce à un très vieux Lafite-Rotschild « hermitagé », ce qui se faisait parfois à l’époque », explique Thomas Duroux. Soit une proportion infime de syrah dans un assemblage classique bordelais, afin de développer une gamme aromatique singulière et un potentiel de vieillissement différent. D’où peut bien provenir cette syrah des côtes du Rhône septentrionales ? « je ne peux malheureusement pas le dire, nous avons des accords de confidentialité qui ne me permettent pas de répondre », esquive Thomas Duroux.

Quant au vin du millésime 2013, actuellement en barriques, « le vin vient de finir sa fermentation malolactique. Il est clair que les conditions climatiques ont été déplorables et le merlot, cépage ADN de Palmer et ce qui le distingue clairement de ses voisins de la rive gauche, a été beaucoup touché. Les rendements sont très faibles, proches des 25 hectolitres/hectare, mais les lots pour l’instant ne sont pas si mauvais », profile le directeur de la propriété. Un risque de flambée des prix, que le directeur ne nie pas, même si « c’est impossible de l’affirmer pour l’instant, c’est trop tôt », rassure le directeur de Palmer.

Information également reprise à la fin de la verticale de Château Palmer, « la propriété, après avoir déjà des lots de parcelles en bio, se convertit complètement. Je ne sais pas si on peut parler de biodynamie, car c’est un concept aux multiples visages et nous ne souhaitons pas labelliser. Mais, ce qui est sûr, c’est que nous suivons de nombreux principes de Rodolphe Steiner pour la culture de nos vignes. » Un pas supplémentaire pour le vignoble bordelais, « le chemin vers le bio est indispensable pour les grandes propriétés de Bordeaux, pour faire de grands vins. Le tout, c’est que le vignoble soit convenablement préparé pour le recevoir sans douleur », ajoute Thomas Duroux.

Ainsi s’est achevée cette dégustation inoubliable du troisième grand Cru Classé du Médoc (classement 1855), que vous pouvez aussi visiter grâce à la réouverture au public, après deux ans de travaux, du Jardin de Palmer : une visite des chais, du cuvier, des vignes et des nouveaux jardins à l’anglaise est possible gratuitement, sur rendez-vous, ponctuée d’une dégustation.

Laure Goy