(crédit photo Dumoulin - CIVA)
(crédit photo Dumoulin - CIVA)

Sècheresse et températures élevées, la météo estivale a été rude pour le vignoble alsacien. Toutefois, les vendanges commencent dans une atmosphère optimiste. Les raisins sont sains et le volume suffisant pour remplir les caves.

22 août pour les crémants, 3 septembre pour les vins tranquilles, l’ouverture du ban des vendanges était, une fois encore, particulièrement prématurée cette année dans le vignoble alsacien. « Depuis 2003, la récolte débute résolument entre la fin août et début septembre, constate Frédéric Bach, directeur de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA). En une trentaine d’années, nous vendangeons presque un mois plus tôt dans la région ».

Malgré cette précocité, la récolte 2018 s’annonce bonne et les volumes devraient dépasser le million d’hectolitres, contrairement à 2017 où ils ont stagné à 907 000 hl. « Le raisin est magnifique, sans pourriture, et la quantité est là », se réjouit Sylvie Ermel, viticultrice à Hunawihr. Comme la charge des pieds est élevée, les fruits ne sont pas encore mûrs à 100%. Exposées au soleil, les grappes de certains secteurs présentent effectivement un déséquilibre de maturité: si un coté du raisin est parfaitement mûr l’autre reste vert.

Un constat qui impose la patience pour la suite des vendanges. « Comme la météo s’annonce clémente ces prochains jours, récolter les fruits dans la précipitation serait une erreur », estime Sylvie Ermel. Un avis partagé par la maison Becker de Zellenberg. « Encore trop verts, les rieslings ont du mal à monter en degrés, constate Martine Becker. Attendre avant de récolter est la meilleure option, surtout qu’il n’y a pas de risque de pourriture ou de maladie. »

Relancer les discussions sur l’irrigation ?

Si les pieds plantés sur des terroirs argileux n’ont pas trop souffert du stress hydrique, ceux des zones plus sableuses accusent le manque d’eau. « L’état du vignoble diffère beaucoup d’un endroit à l’autre. Dans les secteurs de la Hart, les alentours des villages de Sigolsheim ou Chatenois, les vignes ont perdu leur feuillage et les raisins sont flétris. Certains jeunes pieds ne résisteront pas et devront probablement être replantés », remarque Frédéric Bach.

Alarmant dans certains terroirs, ce constat ne permet pas encore de tirer de conclusion sur la récolte. « Il est trop tôt pour se prononcer, affirme Pascal Keller, directeur de la cave coopérative d’Ingersheim. S’il pleut, les plantes pourront récupérer. Toutefois, nous n’excluons pas que les raisins trop flétris restent sur pieds dans certaines parcelles ».

Réchauffement et raréfaction des précipitations pluviométriques pendant la période estivale sont la cause de ces vendanges précoces. « L’évolution du climat et surtout des régimes pluviométriques est inquiétante en Alsace. Si autrefois les précipitions étaient bien réparties tout au long de l’année, aujourd’hui les pluies sont plus concentrées et interrompues par de longues périodes de sécheresse », constate Frédéric Bach. Résultat: de mai à début septembre, seuls quelques orages ont arrosé le vignoble alsacien et, dans la globalité, les précipitations ont été largement insuffisantes. Un constat qui relance les discussions sur la possibilité d’irriguer les vignes, une solution contraire au cahier des charges de l’appellation d’origine contrôlée des Vins d’Alsace.