Ci-dessus : arrivée des raisins à la cave de Turckheim,  Haut-Rhin (photo I. Bachelard)
Ci-dessus : arrivée des raisins à la cave de Turckheim, Haut-Rhin (photo I. Bachelard)

Après des millésimes souvent précoces, l’Alsace renoue avec les vendanges d’octobre. En dépit d’un début de saison difficile, la récolte avance sereinement. Pour les premiers cépages rentrés, le volume est correct et la qualité est au rendez-vous.

« Journées chaudes, nuits fraîches, le riesling adore ». Ainsi se réjouit Pierre Bernhard, du domaine Bernhard Reibel à Châtenois (Bas-Rhin) et président du syndicat des vignerons indépendants d’Alsace aux premiers jours d’octobre. Mais il n’oublie pas que l’année est très hétérogène : « Une catastrophe en début de saison avec la pluie et la pression constante du mildiou, suivie par une sécheresse extrême depuis fin juillet ». Les vendanges sont longues, mais tout se passe plutôt bien. Et le volume s’annonce correct. Les 1, 15 millions d’hectolitres espérés fourniront un ballon d’oxygène aux Alsaciens, qui font face à des stocks réduits, à la suite de trois millésimes de petit volume.

Raisins sains et maturation lente

A la mi-septembre, les raisins destinés aux Crémants d’Alsace, ont commencé à rentrer tranquillement, puisque la météo était favorable. Principalement des pinots blancs, ils doivent être récoltés tôt car les bulles ne nécessitent pas des degrés d’alcool élevés. A la cave de Turckheim (Haut-Rhin), aux premiers jours d’octobre, Emmanuelle Gallis se fait le porte-parole du directeur technique Michel Lihrmann qui ne quitte pas des yeux l’arrivée des raisins : « Les raisins sont très sains, mais les maturités arrivent lentement. Les nuits rallongent et fraîchissent. Ce qu’on a rentré, la famille des pinots – blanc, auxerrois, gris, noir -, est bien, équilibré. Pour les gewurztraminer et le riesling, on ne sait pas encore ».

Les sols légers, les jeunes vignes et les parcelles auxquelles on demande de hauts rendements ont pu souffrir de stress hydrique en fin d’été : un paradoxe quand la première partie de l’année a été plus arrosée qu’une année entière normale. Ce n’est pas les cas des meilleurs terroirs menés avec raison. Anne-Caroline Bernhard, du domaine Jean-Marc Bernhard à Katzenthal (Haut-Rhin) explique que les grands terroirs mûrissent lentement : « Le grand cru Furstentum est presque prêt avec un degré potentiel de 14, 2% d’alcool. » Elle pense mettre en bouteille assez rapidement le 2016 afin de proposer un choix aux clients, puisque ce millésime sera plus frais et plus facile à boire vite que le riche 2015.

Pour les éventuelles vendanges tardives, personne ne se prononce encore. De toute façon, la sécheresse actuelle laisse prévoir des vins de surmaturité plus que de pourriture noble. Mais dans le grand cru Rangen à Thann (Haut-Rhin) Alexandre Schoffit ramasse à 15, 5% potentiel. Tout peut encore arriver.

Ci-dessous : premier jus 2016 chez Fabien et Odile Stirn à Sigolsheim, Haut-Rhin (photo I. Bachelard)