(photo Marie-Astrid Jamoix)
(photo Marie-Astrid Jamoix)

Arrivée il y a neuf ans dans le groupe CA Grands Crus, Anne Le Naour, œnologue, accède la direction générale. A la tête de cinq crus du Bordelais et d’un domaine en Bourgogne, elle poursuit une démarche qualitative et environnementale.

Anne Le Naour n’a pas attendu la semaine du développement durable qui s’achève pour œuvrer dans le sens de la protection de l’environnement et dessiner l’avenir avec une palette verte. Agir pour une viticulture responsable « parce que le travail d’aujourd’hui donnera les fruits de demain », lit-on sur les fiches qui décrivent avec précision l’engagement environnemental de chaque propriété. Tous les domaines girondins appartenant à CA Grands Crus, propriétés du Crédit Agricole, sont engagés dans le SME, le Système de Management Environnemental du vin de Bordeaux initié en 2010 par l’Interprofession qui regroupe aujourd’hui 800 entreprises bordelaises. Le Château de Santenay et ses 90 ha en Bourgogne est lui certifié Terra Vitis depuis 2004.

Une œnologue polyvalente

L’arrivée d’Anne Le Naour à la direction générale de CA Grands Crus n’est une surprise pour personne, puisqu’elle était déjà directrice-adjointe aux côtés de Thierry Budin, qui l’avait engagée il y a neuf ans comme directrice technique avant de lui faire gravir les marches qui lui assureraient sa succession. Il faut dire que cette jeune brune au regard vif et au sourire décidé, née dans une famille gourmande, a fait un parcours sans faute. A la fois œnologue et agronome, elle a hésité un temps entre différents produits fermentés, le fromage et le vin. Mais lorsqu’elle a eu l’occasion de travailler à Chablis, sous la direction du regretté Alain Combard au Domaine Laroche, sa décision a été vite prise en faveur du vin. A bonne école ensuite, elle s’est fait engager comme chef de cave chez William Pitters, l’entreprise de Bernard Magrez, quand il produisait encore de simples bordeaux en grand volume. Du haut de ses 26 ans, elle était responsable de tout ce qui se passait au chai jusqu’à l’embouteillage, vins, spiritueux et apéritifs compris. Quand on a su gérer 17 000 barriques, on n’a plus peur de rien.

Engagement durable et œnotourisme

Au château Grand Puy Ducasse, 5è grand cru classé de Pauillac, fleuron de CA Grands Crus, le désherbage est entièrement mécanique, plus de la moitié des produits utilisés à la vigne sont ceux autorisés en culture biologique, les produits reconnus comme perturbateurs endocriniens sont réduits à 3%, et ceux classés CMR (cancérogène, mutagènes ou toxiques pour la reproduction) ont entièrement disparu. Le domaine est certifié HVE 3 et ISO 14001, il utilise un énergie électrique verte à plus de 80%. En 2018, 525 mètres de haies entourent le vignoble. Cette propriété, idéalement située sur les quais de Pauillac, fait l’objet d’un vaste projet œnotouristique. Tout amateur pourra bientôt visiter le cru classé et ses installations rénovées, en descendant d’un bateau ou d’un train à Pauillac.

Des essais en bio et biodynamie

Pas de révolution annoncée à CA Grands Crus, puisque Anne Le Naour était déjà responsable. « C’est moi qui ai recruté les équipes, donc elles ont la capacité de monter en même temps que moi » précise-t-elle. Pour l’instant elle conserve la supervision technique, en répartissant les responsabilités parmi les personnes qu’elle a choisies et déjà fait évoluer.

Tous les domaines, Clos Saint Vincent, Château La Tour de Mons, Château Blaignan, Château Meyney et Château Grand-Puy Ducasse à Bordeaux ainsi que le Château de Santenay bourguignon sont certifiés HVE 3. Des essais en bio sont menés, jusqu’à la moitié du vignoble à Château Meyney, le bijou de Saint-Estèphe, un « oublié » du classement de 1855. Partout on plante des haies, on sème des jachères, on installe des ruches ; il y a en 100 en Bourgogne et déjà 10 au domaine de Saint-Estèphe. Et ce n’est pas que pour le miel, l’observation des populations d’abeilles est instructive. Les façons d’appliquer certains traitements et leurs dates ont été modifiées en fonction de l’activité des ruches. « On apprend beaucoup des apiculteurs » conclut Anne Le Naour.