Le Palais de la Bourse, hier soir avait des allures de Cannes. Organisée par la Chambre de Commerce et d’Industrie, la cérémonie des « Best Of Wine Tourism 2016 » a récompensé 20 domaines viticoles, dont 6 « Best Of d’Or », répartis en six catégories : Architectures & Paysages, Découvertes & Innovations, Hébergement, Restauration (pour la première fois cette année), Services œnotouristiques, Valorisations œnotouristiques des pratiques environnementales.

« Le tourisme à Bordeaux connaît une croissance colossale. Le dépôt de 92 dossiers cette année, dont un tiers de nouveaux candidats cette année pour les Best of Wine Tourism prouve que la filière vin se développe bien. Et surtout on dépasse les frontières de la Gironde », a fièrement introduit Jacques Faurens, vice-président de la CCI de Bordeaux. En quelques chiffres, l’œnotourisme représente 3,3 millions de visites dans le vignoble aquitain (dont 39 % de visiteurs étrangers), avec une dépense deux fois plus élevé en moyenne d’un « œnotouriste » face à un touriste estival (selon les chiffres clés de l’œnotourisme en Aquitaine, CRTA 2010). D’où l’importance, selon la CCI de Bordeaux, de récompenser les plus belles initiatives du vignoble selon leurs offres.

Architectures et Paysages

Les responsables œnotourisme et propriétaires viticoles ont défilé sur la scène du Palais de la Bourse, grand sourire aux lèvres. Philibert Perrin, co-propriétaire avec son frère Eric du Château Carbonnieux (Cru Classé de Pessac-Léognan) a ouvert le bal des récompensés, avec le Best Of d’Or catégorie « Architecture et Paysages » : « C’est une très belle récompense pour Carbonnieux, propriété existante depuis le 13ème siècle et qui a traversé le temps à travers les moines de l’Abbaye de Sainte-Croix, et ses 200 hectares de vignes, de bois et de garenne depuis cette période jusqu’à aujourd’hui. » Parmi les autres lauréats de cette catégorie, le Château Dauzac, à Margaux depuis le 18ème siècle, qui a gagné ce prix grâce à son nouveau chai et son arboretum et son verger, permettant la fabrication de miel sur la propriété. « Le parcours œnotouristique dans le nouveau chai permet de voir toutes les étapes de vinification au travers de douelles transparentes. On aura bientôt des moutons ! » annonce Hélène Puteaux, responsable œnotourisme de la propriété. Enfin, dernier lauréat : le château Rolland, situé à Barsac dont la tour ronde et massive de son pigeonnier s’élève sur les vignes du Sauternais depuis le 15ème siècle. Ouvert aux visiteurs, cela va sans dire.

Découverte & Innovation

Vient le tour du Château de Reignac, belle propriété de l’Entre-Deux-mers qui multiplie les initiatives œnotouristiques en ses terres : pigeonnier transformé en tour de dégustation, serre signée Gustave Eiffel, jardin des senteurs, mais aussi partage avec les réseaux sociaux, tenue d’un blog, etc., le Best Of d’Or, dans la catégorie Découverte et Innovation, s’est imposé assez naturellement.
A ses côtés, trois autres lauréats en matière de Découverte & Innovation. Tout d’abord, le Sauternais Château de Rayne Vigneau et ses dégustations perchées à 12 mètres de hauteur dans le cèdre bicentenaire, proposant également des ateliers gourmands et des balades à cheval. Egalement lauréat, le château médocain Lamothe-Bergeron, cru bourgeois à Cussac Fort-Médoc qui a imaginé une scénographie « nouvelle génération » pour son parcours œnotouristique à travers la propriété. Et enfin, également vainqueur, la cave coopérative des Vignerons de Tutiac, située sur la rive droite de la Gironde et productrice leader, en volume, de Côtes de Bordeaux (Blaye et Bourg), ayant fait le pari d’accueillir les visiteurs et de « les immerger complètement dans l’univers du vin, depuis la genèse du raisin cultivé par nos 500 coopérateurs jusqu’à la notre propre chaîne de mise en bouteille, avec », explique Florence De Kimpe, directrice marketing et communication.

De nouveaux hébergements viticoles

Dans la catégorie « Hébergement », une jolie nouveauté avec la victoire du Domaine de Grange Neuve, propriété du Périgord pourpre (Pomport, 24) décrochant le Best Of d’or : « je suis très heureux de cette récompense pour notre gîte, ça a été beaucoup de travail », sourit Anthony Castaing, le propriétaire. « Chez nous, les chose se font à l’inverse, c’est-à-dire que moi je vis dans la maison des vendangeurs et les visiteurs dorment dans la maison de maître » 450 m² sur 2 niveaux, avec piscine et vue sur les vignes et lac, pouvant accueillir jusqu’à 15 personnes, l’hébergement donne envie.

Autre lauréat pour son hébergement de charme, le château Courtade Dubuc, aux portes de Bordeaux pour le travail de restauration de son loft duplex entre vignes et lamas (et alpagas !) du parc de la propriété. Le château de Bonhoste quant à lui, situé à Saint-Jean de Blaignac, s’est distingué pour ses « Coups de Foudre » : deux foudres Seguin-Moreau aménagés en chambres d’hôtes, fabriqués sans clous ni vis, et en plein vignoble. Également vainqueur de sa catégorie, le château la Tour Carnet, appartenant à la famille Magrez, grand cru classé du Médoc, qui a fait le choix de faire revivre l’époque médiévale des troubadours, des douves et des suites seigneuriales luxueuses pour ses hôtes.

La nouveauté 2016, les « Best Of » en restauration

Quatre lauréats pour leur offre de restauration, tous très différents. Le Château fronsadais de La Dauphine, qui a mis en place depuis peu des formules de service « à la française », servies autant à l’extérieur sur la terrasse que dans les salons privés, remportant le Best Of d’Or Restauration cette année.

Egalement lauréats pour leurs bonnes tables : le saint-emilionnais Atelier de Candale, à Saint-Laurent des Combes, avec sa terrasse entourée de vignes, son restaurant, son bar à vin et son système de casiers pour les viticulteurs, la Table Privée du Chef du Château Haut-Bailly (Cru Classé de Pessac-Léognan), offre haut de gamme et sur mesure à la demande des clients, ainsi que le 1902, nouveau restaurant du tonnelier Nadalié, à Ludon-Médoc, qui propose une offre de restauration aux visiteurs près avoir découvert l’univers de la fabrication des barriques.

Les meilleurs services œnotouristiques

Une récompense pour la globalité des services œnotouristiques, un des plus beaux prix de la soirée a été remise au Château Pape-Clément pour ses offres luxueuses de « vie de château » (Cru Classé de Pessac-Léognan), ainsi qu’à la maison des Vins de Cadillac, initiatrice notamment des « Relax Tasting » réalisés par Jenny Lloret, sophrologue et viticultrice, une autre façon de ressentir la dégustation (ainsi que de très nombreux autres ateliers, cours de cuisine, chasse aux trésors), et enfin à Lynch-Bages & Cie, le Best Of d’Or dans sa catégorie. « J’en profite pour remercier encore Jean-Michel Cazes, cet homme visionnaire sans qui nous ne serions pas là ce soir », a annoncé émue Céline De Labrousse, représentant la société. Propriétaire du château Lynch-Bages (Grand Cru Classé 1855), la famille Cazes a fait le pari de l’œnotourisme depuis très longtemps. A travers notamment le Relais & Châteaux Cordeillan-Bages, dont la cuisine opérée par le chef Jean-Luc Rocha, a été doublement étoilée par le Michelin, son école de cuisine, et le « village de Bages », rénové par la famille Cazes et remettant à l’honneur des commerces de bouche (charcuterie, boucherie, bistrot) à Pauillac.

La valorisation œnotouristique des pratiques environnementales

Comment expliquer la diversité environnementale et biologique autour des vignes, de façon pédagogique ? Deux domaines se sont distingués dans cette catégorie : le Château familial de Coutet à Saint-Emilion, Best Of d’Or venant récompenser son « biotope datant de 400 ans, vierge de tout produit chimique », ainsi que les Vignerons de Buzet pour le second prix. Ces derniers, malgré leurs milliers d’hectares de vignes, mènent une politique de pédagogie environnementale depuis des années et « prouvent que l’on peut concilier viticulture et environnement », explique Pierre Philippe. Promenade guidée à travers le vignoble sur les traces de la chouette chevêche d’Athéna, explication de la protection des chauve-souris ou des tulipes d’Agen, pourquoi ne pas désherber entre les rangs de vignes, etc. Last but not least, les vignerons responsables de leur environnement, une catégorie qu’il était importante de garder pour la fin.