(photo Jean-Bernard Nadeau)
(photo Jean-Bernard Nadeau)

Dans sa première conférence de presse de rentrée, Allan Sichel, nouveau président du Conseil Interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), a tracé les enjeux prioritaires de son mandat. En tête desquels la nécessité d’emmener l’intégralité du vignoble dans une démarche environnementale.

Lorsque nous l’avions rencontré en juillet dernier au début de son mandat de président du CIVB, Allan Sichel avait posé les enjeux prioritaires de l’interprofession : répondre aux attentes des consommateurs et des professionnels sur les questions environnementales, renforcer la commercialisation des vins de Bordeaux, fédérer davantage tous les acteurs de la filière pour faire rayonner Bordeaux et ses vins. Lors de sa première conférence de rentrée, qui se tenait ce matin au siège du CIVB, ce sont les mêmes thèmes qui ont été déclinés.

« Répondre avec du concret »

A commencer par les enjeux environnementaux et sanitaires : « les vignerons sont les premières personnes concernées par l’utilisation des traitements phytosanitaires. Ils sont vignerons mais aussi riverains, parents, et vivent en Gironde. Les attentes des riverains sont aussi les nôtres et nous travaillons déjà depuis longtemps sur ces questions. […] Nous intensifions nos efforts et nous sommes bel et bien engagés dans la réduction des pesticides et le développement des bonnes pratiques. 45% du vignoble bordelais est déjà certifié par une démarche environnementale (viticulture biologique, biodynamique, intégrée ou raisonnée). Notre objectif, certainement réalisable, est d’engager la totalité du vignoble pour que ce soit 100% des surfaces qui fasse l’objet de ces démarches ».

Parmi les engagements pris par la filière, le président a souligné notamment la baisse drastique de l’utilisation des désherbants (95% du vignoble de Bordeaux est enherbé), le développement des Groupements de Défense contre les Organismes Nuisibles pour lutter contre la flavescence dorée (quia permis une réduction de 76% des insecticides utilisés depuis 2007), la mise en place du Système de Management Environnemental (SME) qui concerne aujourd’hui 500 entreprises et 15% de la surface du vignoble, sans oublier l’accord trouvé en juillet dernier entre Conseil régional, préfecture, l’État, les Chambres d’Agriculture et le CIVB pour élaborer une stratégie collective de diminution des pesticides. Autant d’initiatives auxquelles il faut ajouter une recherche de fond sur les cépages résistants, et qui attestent que « face aux nombreux reportages qui ont montré du doigt le vignoble bordelais ces derniers mois, nous répondons avec du concret, des faits, des actions menées, dont nous pourrons constater les résultats dans quelques années », assure Bernard Farges, vice-président du CIVB.

Rayonnement et ambition commerciale

Au-delà des questions d’environnement, c’est sur le terrain économique qu’Allan Sichel a souhaité mettre l’accent. Impactée par la petite récolte de 2013 et les récoltes moyennes de 2014 et 2015, la commercialisation des vins de Bordeaux compte sur un millésime 2016 a priori prometteur – y compris en volume – pour lancer sa reconquête. L’objectif : écouler au moins 5, 5 millions d’hectolitres. Cela passe bien sûr par des conditions de production favorables, mais aussi par une politique ambitieuse sur les marchés nationaux et internationaux. Si la Chine manifeste toujours un intérêt salutaire pour les vins de Bordeaux (+22% en volume sur 12 mois), il y a encore des efforts à consentir sur les marchés américains, japonais et européens. Quant à la France, les ventes en GMS ont baissé de 3%, une érosion atténuée par le fait que le cœur de gamme (les vins de 4 à 15 €) est, lui, en progrès, ce qui est conforme au « Plan Bordeaux Demain » du CIVB : « la reconquête ne doit pas se faire par le prix le plus bas mais par la mise en avant de nos vins par l’attractivité, le goût, le plaisir et le diversité », souligne Allan Sichel. « Nous disposons d’atouts considérables qu’il nous appartient de montrer, de faire connaître et de faire apprécier ; c’est la fraîcheur, la digestibilité, l’équilibre et l’harmonie qui constituent l’ADN commun dans la diversité des vins de Bordeaux ».

Le « Plan Bordeaux Demain » doit, d’ailleurs, être encore renforcé selon Allan Sichel : en intensifiant les synergies entre acteurs de la production et de la commercialisation dans le but d’améliorer la compétitivité des vins de Bordeaux ; en remettant « le fierté des vins de Bordeaux » au cœur de tous les métiers de la filière afin d’en assurer un meilleur rayonnement ; en fédérant les efforts, enfin, pour faire de Bordeaux « la capitale mondiale du vin », un titre qu’elle « pourrait légitimement revendiquer, mais qui comporte cependant des obligations et une certaine exemplarité. Il sous-entend, selon moi, une excellence dans tous les domaines se rapportant de près ou de loin au vin ». Autant de chantiers ambitieux qui attendent le nouveau président pour son mandat de trois ans.