(photo AFP)
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Disparu hier à 94 ans, Charles Aznavour était un véritable épicurien et amateur de grands vins.

Chantant qu’il « fallait boire jusqu’à l’ivresse sa jeunesse », il évoquait souvent ses jeunes années où « on avait toujours du monde à table », où l’on « buvait à la vie, buvait aux copains », se « saoulant la nuit, travaillant le jour ». Aznavour était un épicurien. Compagnon de table en ses jeunes années de bons vivants comme Lino Ventura, Jacques Brel, Georges Brassens, il disait aimer le vin, tous les vins avec un faible pour le porto et pour les bordeaux, notamment le château Cheval Blanc. Michel Fugain avait d’ailleurs dévoilé dans un Taratata il y a une vingtaine d’années les coulisses des tournées où il avait accompagné le chanteur : il faisait inscrire dans ses contrats la livraison d’une caisse de 6 bouteilles de grands crus classés de Bordeaux à mettre dans sa loge avant les concerts. Du château Cheval Blanc, avait-il avoué à Pierre Lurton il y a quelques années. Et où que ce soit dans le monde. « Ils se démerdent toujours » avait-il lâché lors de l’émission de Nagui.

La tournée des grands ducs

Dans ses mémoires, Pierre Perret se souvient d’une tournée à travers toute la France à ses débuts, dans les années 60 avec le déjà célèbre Aznavour. Elle s’était terminée par une tournée des grands ducs dans la Rolls du chanteur en passant par Bocuse, Darroze, Blanc… Aznavour avait été à bonne école avec la môme Piaf. Il racontait volontiers que lorsque le médecin avait conseillé à Edith, déjà malade, d’arrêter le vin et qu’il avait fini par lui concéder un petit verre occasionnel, elle avait répondu « D’accord, mais un petit verre de mouton-rothschild, car c’était ce qu’il y avait de meilleur et de plus cher » … et elle s’était empressée d’écrire à la famille Rothschild pour commander quelques caisses qu’ils avaient sifflé ensemble en peu de temps. En décembre 2014, dans l’émission de Michel Drucker à L’Olympia qui lui était dédiée, Aznavour avait fait chanter le public et les célébrités présentes, autres jolis épicuriens (Antoine Dulhéry, Michel Fugain, Marcel Amont, Dany Boon…) en reprenant le mythique refrain du « Petit vin blanc ».

Parrain de vendanges

Charles Aznavour avait parrainé quelques vendanges de grands châteaux ces dernières années : La 157ème vente caritative des vins des Hospices de Beaune, en 2011, avec Marc-Olivier Fogiel, Julie Depardieu et Agnès B. Le produit de la vente de la pièce des présidents étant affecté à une association, le chanteur avait choisi de soutenir la Fondation pour la recherche sur Alzheimer. Il était encore l’an dernier l’un des quatre présidents de la vente des vins des Trois Glorieuses au Clos de Vougeot, intronisé à la confrérie des chevaliers du Tastevin. Il avait participé en 2002 aux vendanges du Château Pape Clément. Bernard Magrez l’avait alors intronisé « Pape » du domaine en en faisant un ambassadeur indéfectible du grand cru classé à l’instar de Gérard Depardieu, Joel Robuchon, le Commandant Cousteau… Il avait également parrainé les vendanges de Montmartre en octobre 2009 en compagnie de la chanteuse Anaïs et avait été intronisé au ban des vendanges du Château Marquis de Terme à Margaux en 1984, à la Fête de la Fleur en 1992 à Pauillac au château Pichon-Longueville-Baron…

Charles Aznavour était connu pour posséder une cave exceptionnelle, principalement de Bordeaux mais il disait aimer découvrir d’autres régions viticoles françaises. A Mouriès dans les Bouches-du-Rhone où il avait acheté une maison il y a près de 30 ans, il aimait cultiver son jardin et s’adonner à une nouvelle passion, la production d’huile d’olive. Il s’était constitué une belle oliveraie d’arbres mûrs de diverses variétés, d’une trentaine d’années. Il aimait comparer sa production avec celle de son ami Jean Reno, également producteur en Baux de Provence. Le chanteur aimait aller au restaurant tous les jours avec sa femme, veillant à ne pas finir son assiette mais prenant souvent une jolie bouteille. Ses cantines préférées était le Petit Pergolèse à Paris de son ami Albert Corre, le Bistro du Paradou, établissement mythique fondé par Jean-Louis Pons dans les années 80, le bistrot de Marie à St Rémy-de-Provence… Il aimait aussi offrir quelques beaux flacons à ses amis, Jean Reno toujours, Placido Domingo, Chico des Gypsy King, Nikos Aliagas… Et Michel Leeb, copain et voisin avec qui il a partagé son dernier diner. On espère qu’il a été for me, formidable.