Et la palme de la contrefaçon chinoise la plus grossière revient à… une bouteille de Romanée-Conti blanc de l’appellation « Coteaux du Languedoc » produite par les Domaines Barons de Rothschild. Un professionnel français du vin implanté en Chine raconte sa rencontre avec ce « grand cru » très inattendu.

L’homme veut rester anonyme pour ne pas mettre en péril ses intérêts sur le marché chinois. On sait simplement qu’il est français, établi dans la Vallée-du-Rhône et qu’il exporte du vin vers ce nouvel Eldorado qu’est l’Empire du Milieu.

Là-bas, stimulées par les autorités qui veulent enrayer la consommation excessive d’alcools forts, les ventes de vin s’envolent au rythme de 20 % d’augmentation par an. Un marché lucratif qui suscite toutes les convoitises. Et le modèle de référence en Chine où la culture du vin en est à ses balbutiements, c’est la France et ses crus prestigieux.

Des contrefaçons grossières dans un restaurant de Shanghai

L’homme a découvert le pot aux roses dans un restaurant de Shanghai. C’est, à ce jour, la contrefaçon la plus grossière et la plus spectaculaire d’appellations françaises. L’étiquette, sur la bouteille de blanc qu’il a débusquée, annonce fièrement une Romanée-Conti, fleuron de la Côte de Nuits en Bourgogne. L’entourloupe est grossière car, immédiatement en dessous, figure la mention, « Appellation Coteaux du Languedoc contrôlée. »

Puis, sous un faisceau de cinq flèches plagiant la célèbre marque bordelaise Domaines Barons de Rothschild-Lafite, vient cette curieuse formulation issue d’un français approximatif : « Mis en Montpellier par Coteaux du Languedoc France Lafei Group Co. Limited ». Selon les spécialistes, “Lafei” serait la traduction en pinyin, la transcription phonétique du mandarin en écriture latine, de Lafite.

Protéger les appellations

À l’arrière de la bouteille, la contre-étiquette est du même tonneau. Elle va jusqu’à évoquer la SCA “Les Coteaux de Montpellier”, nom de la coopérative de Saint-Geniès-des-Mourgues. Jean-Benoit Cavalier, président de l’Organisme de défense et de gestion de l’appellation Languedoc, est scandalisé. Au Mas de Saporta près de Montpellier où siège l’ODG, les dossiers de contrefaçon ont tendance à s’accumuler : « Ma mission est de protéger notre appellation qui, du fait de sa notoriété, est une bonne cible. Nous ne laisserons rien passer », martèle-t-il.

Avec Romanée Conti, Languedoc a saisi l’Institut national des appellations d’origine (Inao). Il dispose d’une veille internationale sur les dépôts de marque et de relais locaux via le réseau des ambassades. Responsable du service juridique de l’Institut, Véronique Fouks donne la mesure du problème posé par la Chine : « Nous ouvrons, en moyenne, 130 nouveaux dossiers par an concernant la protection de nos appellations. Un quart est issu de ce pays. »

Les procédures qu’engage l’Inao ne sont pas toutes vouées à l’échec. La Chine, très récemment, a créé un dispositif pour protéger ses propres productions. Du thé aux alcools en passant par le riz ou le vin, les identités géographiques fleurissent dans le pays. Les autorités sont, dès lors, plus réceptives aux récriminations étrangères.

Ainsi, il y a deux ans, l’Inao a été informé de la tentative d’un opérateur de déposer “Languedoc” auprès de l’office chinois des marques. « En détenant un droit exclusif sur le nom, il aurait sans doute mis en place une licence sur les importations de vins d’appellation “Languedoc”, décrypte Véronique Fouks. L’Inao a saisi l’office qui a fini par refuser l’enregistrement.

Mais tout n’est pas aussi simple

Récemment l’Inao a été recalé sur un dossier d’usurpation du nom Fitou. L’administration chinoise a estimé que la transcription en alphabet romain des idéogrammes était trop éloignée du nom de l’appellation audoise.

L’Institut aura peut-être plus de chance avec le faux Romanée-Conti, faux Coteaux du Languedoc. Depuis peu, l’opérateur chinois à l’origine de la contrefaçon a été identifié. Plusieurs bouteilles ont été saisies. Le breuvage va être analysé pour déterminer avec certitude son origine… In vino veritas !

Jean-Pierre Lacan