La discrète clairette du Languedoc fête ses 70 ans en 2018, sans tambours ni trompette, mais forte de sa longue histoire et avec de belles cartes dans son jeu pour faire face à l’avenir.

En plein cœur de l’Hérault, au sud et au nord du lac du Salagou, l’appellation Clairette du Languedoc est avec Fitou, l’une des plus anciennes du Languedoc et la plus petite : une centaine d’hectares sur 11 communes, le long des rives de l’Hérault, sur trois types de formations géologiques, terrasses du villafranchien, marnes et schistes (avec des nuances de sols très variés, quartz, silex ou calcaire). Sa spécificité est de se centrer sur un cépage, la clairette blanche. Elle peut être vinifiée de toutes les façons : en sec (12° alcool minimum), moelleux (12° alcool minimum), rancio (14° minimum et 3 ans de vieillissement), vin de liqueur (17° et mutage en cours de fermentation).

Une longue histoire
On sait de la clairette qu’elle est un cépage orphelin, que les Grecs l’ont diffusée sur les pourtours de la Méditerranée, notamment sur leur colonie à Agde. Ce sont eux qui ont introduit la viticulture dans la vallée de l’Hérault. Les deux plus grandes villas vinicoles connues dans le monde romain, qui exportaient dans toute l’Europe, ont été découvertes sur le terroir de la Clairette du Languedoc. Et on y a retrouvé des pépins, analysées comme étant de la clairette. La clairette a toujours été cultivée dans ce terroir entre Pezenas et Clermont l’Hérault, avec ses heures de gloire, au XV° siècle à la table de Louis XI, au XVIII° siècle, et au début du XX° siècle, où elle était, au côté du muscat, un deux cépages blancs de l’Hérault. Puis son emploi massif dans la production de vermouth lui a fait perdre ses lettres de noblesse, jusqu’à ce qu’elle se fasse voler la vedette régionale par le picpoul.

Pourtant la clairette est un cépage au beau potentiel, en solo ou en assemblage dans le Rhône (la gardoise Clairette de Bellegarde, la Clairette de Die et à Châteauneuf du Pape), en Provence dans les Côtes de Provence, Coteaux d’Aix en Provence, Cassis, Bandol, Palette et Ventoux. On en retrouve plantée à l’étranger, dans l’ancien et le nouveau monde.

Un beau futur

La clairette du Languedoc présente une belle capacité de résistance à temps sec et chaud, comme elle l’a prouvé sur le millésime 2017, explique Jean Renaud, qui dirige la cave coopérative d’Adissan depuis 27 ans. Il a travaillé avec les anciens pour retrouver le goût de cette clairette d’antan, qui était vendangée à 18 ou 19°, sur un plateau spécial, tant les grains étaient mûrs. Elle était vinifiée en moelleux, avec 50 g de sucre résiduel… différente des moelleux et des vins de liqueur d’aujourd’hui. Elle est doté de qualités bien utiles aujourd’hui, naturellement résistante aux maladies, et concentrant beaucoup de polyphénols dans sa pellicule, explique Charles Walter Pacaud, l’un des 4 vignerons de l’appellation. Il cultive avec attention ce cépage singulier et a prouvé sa capacité au vieillissement avec une verticale de ses millésimes en remontant à 2006. La clairette a par contre une acidité relativement basse, il importe donc de bien la connaître pour bien la vinifier, explique-t-il. « La clairette à été malapprise par les œnologues dans les années 70. Elle perd son acidité, puis la retrouve en fin de maturité et se stabilise avec de belles amertumes ».

Un présent à déguster

La clairette du Languedoc apparaît dans des assemblages de domaines et appellations très variés, du Pic Saint Loup (Hermitage du Pic Saint Loup, Sainte Agnès 2016) à la Clape (Château La Negly, La Brise Marine 2017), en biodynamie au Domaine d’Auphilac dans la cuvée en blanc, ou en Faugères, au Château la Liquière, les Amandiers 2017.

La dégustation des vinifications en monocépage sur l’appellation, faites par 3 vignerons indépendants et 4 caves coopératives, montre les possibilités d’expression de ce cépage.

– Le Calcaire sec, 2017, de la cave La Clairette d’Adissan : un travail innovant sur l’assemblage, avec 3 vinifications différentes assemblées, puis un peu de fût, donne un vin rond, sur les fruits à noyau murs, équilibré et fondu.
– Fulcrand Cabanon Blanc 2017, de la Cave L’Estabel, sur schiste et en vinification traditionnelle, des notes d’herbes aromatiques, une pointe d’épice, un évocation d’un vermouth.
– La cuvée Secrète, Paul Mas, 2017, une vinification moderne pour un vin sur la fraicheur et le floral.
– La Croix Chatptal 2016 : élevé sur lies 18 mois, joliment doré, long et équilibré, une démonstration avec brio du potentile de ce cépage par Charles Walter Pacaud.
– La Croix Chaptal 2008 : sur ce millésime chaud, un nez muscaté, miel et épices douces, il est concentré, évoque presque un VDN, avec une jolie finale sur la fraicheur.

Et s’il faut deux raisons de plus pour donner envie de découvrir la clairette du Languedoc ?
Elle offre plein de possibilités d’accords mets et vins : côtés mer, crustacés cuisinés, poisson grillés, crevettes sautées, poisson fumés, sushi et ceviche de poisson blanc ; avec les cuisines exotiques relevées, curry coco, rougail, samoussas, accras ; avec des grands classiques, fromages affinés crémeux et roquefort, et foie gras ; avec des desserts sur les fruits, abricot, agrumes et fruits exotiques.
Son autre atout est un prix ultra sage : il dépasse rarement 7 €.

www.clairette-languedoc.com