Les vins d’Ardèche présentaient ce lundi 15 octobre une sélection de leurs vins au Petit Journal Montparnasse accompagnée par les notes du jazz band Rolling Dominos.

Parfait de fraîcheur sur les primeurs, ce jazz, léger et festif, trouve de bons chorus quand l’acidité du Gamay (80%) est mâtinée par l’amplitude de la Syrah (20%) pour l’Ardèche Rosé (IGP) ou arrondie par la macération carbonique pour le Domaine de Cassagnole rouge. Bon tempo aussi quand la vivacité du Sauvignon (80%) est enrobée par le fruité du Viognier (20%) pour Les Murettes de la cave coopérative de Lablachère. Pour accompagner les rouges au potentiel de garde comme les Saveurs d’Ardèche Epicées 2009 (Grenache 40%, Syrah 40%, Merlot 20%) des Caves Vivaraises ou le Chaud-Abri 2010 (Syrah 100%) de la cave coopérative d’Alba la Romaine, les Rollings Dominos savent puiser dans la puissance du band. Mais c’est dans la profondeur d’un blues sorti du piano déglingué à l’entrée du club qu’il faut chercher l’accord avec le Chatus, guest start de la soirée.

Cépage cévenol emblématique, déjà cité par Olivier de Serres en 1599 dans son Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, le Chatus a bien failli totalement disparaître en faveur de cépages plus productifs, si bien qu’il n’apparaît même plus dans le nouveau répertoire des cépages français réalisé en 1950.

Réputé pour son degré, sa couleur et son corps, on disait jadis « lorsqu’on veut faire un bon vin, on met du Chatus dans sa cuve ». C’est en souvenir de cet adage qu’il ressuscite à la fin des années 80.

Le renouveau du Chatus

A partir d’une parcelle plus que centenaire de la famille Allamel, les vignerons de La Cévenole, à Rosières, sous la houlette du petit-fils Allamel (Frédéric) devenu gérant de la cave et de Jean-Paul Sévenier, directeur de l’ICV de Vallon, ont entrepris depuis plus de vingt ans un programme de sauvegarde puis de replantation de cette variété. Les nombreuses démarches pour que l’administration reconnaisse à nouveau le Chatus, ainsi que de ré-apprivoiser sa culture et de sa vinification, ont pris une dizaine d’années comme me l’explique l’un des vignerons de la cave, Christophe Devos.

Elevé sur un sol primaire de grés, les cinquante hectares de Chatus s’étendent, de faïsses en faïsses (terrasses cévenoles), sur un croissant, qui va de l’Argentière à Vans en passant par Rozière et Vernon, où se trouve la parcelle conservatoire du cépage. Dès la fin des années 90, les résultats sont là avec des vins 100% Chatus.

Aujourd’hui, que l’on prenne le Domaine de Grangeon (2009) ou le Chatus Monnaie d’or (2009) de La Cévenole (pour n’en citer que deux), on retrouve bien les constantes de ce cépage : une robe rouge violet soutenu, puissant au nez avec dominantes épicées puis de fruits cuits et confits, structuré en bouche grâce à ces tannins dignes d’un vieux blues râpeux à souhait.

Texte et photo Jean Dusaussoy

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