(Photos F. Hermine)
(Photos F. Hermine)

Face à une flambée des prix du vrac, les vins de Provence se vendent moins en France et de plus en plus aux Etats-Unis.

Les prix du vrac en Provence s’envolent. Ils ont grimpé de 70% en deux ans, passant de 295 €/hl en 2017 à 347€ en début d’année. On peut en imputer la faute d’abord à la petite récolte 2017 qui avait mis à mal les stocks, créant même parfois une rupture d’approvisionnement à partir de l’été 2018. Les 60 000 hl supplémentaires du millésime 2018 pour une récolte à 1,24 M hl (toujours à 90% rosé) sur les trois appellations (Côtes-de-Provence, Coteaux Varois et Coteaux d’Aix) n’ont pas suffi à rétablir l’équilibre. « C’est la loi de l’offre et de la demande et la hausse croissante des ventes à l’export, en particulier aux Etats-Unis, a plutôt accéléré la tendance », avoue Brice Eymard, directeur des vins de Provence (CIVP). Les coopératives et les négociants sont les premiers à en pâtir. « Quand une bouteille prend d’un coup 1 € – 1,50 € en rayon, elle se vend plus difficilement, c’est ce que nous ont confirmé les acheteurs des enseignes de GD – 34% des rosés de Provence vendues sur ce circuit – et cela pourrait favoriser la concurrence sur les entrées de gamme » analyse le président Jean-Jacques Bréban. En 2018, la Provence a d’ailleurs déjà reculé de 13% en GD. Les promotions tendent à disparaître et des références de marques distributeurs et de BIB disparaissent des rayons. « Et elles ne sont pas toujours remplacées par des bouteilles de Provence mieux valorisées », s’inquiète Philippe Brel, directeur de l’union coopérative Estandon. Cette flambée des prix fait en effet la part belle à l’IGP Méditerranée et aux opérateurs de Languedoc qui récupèrent des référencements à moins de 5€. Les grandes marques (Miraval, Minuty, Ott…) qui peuvent se permettre de ne pas répercuter entièrement les hausses de prix sont moins pénalisées d’autant qu’elles « performent » à l’export tout comme des marques quasiment réservées à l’international comme Whispering Angel ou Mimi en Provence, leur notoriété en faisant des incontournables des rosés secs. Autre conséquence plus inattendue, un recul des ventes des cuvées haut de gamme dans les caveaux des vignerons, certains préférant vendre leurs vins en vrac plutôt que de s’échiner à vendre en direct des bouteilles chères à des consommateur frileux.

Une image iconique renforcée

A l’export, la conjoncture est plutôt favorable à la Provence. Elle a même dépassé la barre des 400 000 hl, progressant encore de 7% en volume, 8% en valeur par rapport à 2017. En une décennie, les volumes exportés ont été multipliés par 7, le chiffre d’affaires par 14. L’export a même dépassé les ventes en grande distribution française (37% contre 34%). Ce contexte d’essor continu de la consommation de rosé dans le monde bénéficie au leader et l’interprofession entend désormais « miser davantage sur une image provençale iconique encore plus forte, notamment aux Etats-Unis, sans chercher de nouveaux référencements » précise Brice Eymard.

Près d’une bouteille sur deux expédiée à l’international l’est désormais sur le marché américain « et après tout si les vins espagnols viennent combler le créneau entrée de gamme et les méditerranées et languedocs le milieu de gamme, cela nous convient très bien, conclut Brice Eymard. Tant mieux aussi si les rosés d’autres pays ou appellations étendent la gamme à d’autres cépages, cela permettra une augmentation de la consommation de rosé en général ».