Renouant avec un format de flacon tombé en désuétude, le château Les Carmes Haut-Brion, étoile montante de Pessac-Léognan, dévoile une Marie-Jeanne (2,25 litres) conçue sur mesure et éditée à 800 exemplaires. 500 sont mises en marché ce début de semaine, abritant le magnifique millésime 2016.

Ce n’est plus vraiment un secret dans le monde du vin girondin, le château Les Carmes Haut-Brion est une des valeurs montantes de la Place de Bordeaux. Racheté en 2010 par Patrice Pichet (Groupe Pichet immobilier), ce domaine de 10 hectares qui a la particularité d’être enclavé entre Bordeaux, Pessac et Mérignac, ne cesse de gagner en reconnaissance. L’arrivée en 2012 de Guillaume Pouthier à la direction de la propriété et l’inauguration en 2016 d’un chai audacieux imaginé par le designer Philippe Starck, ont été des étapes clés dans la progression de ce château, dont les vins ne cessent de gagner en précision et en identité.

Voici ce que Terre de Vins en disait notamment au moment des Primeurs 2016 (commentaire de Laure Goy) :

L’original de la bande, mais quelle classe ! 40% de cabernets francs, repris par l’équipe technique de guillaume pouthier, le reste en parts égales entre merlot et en cabernet sauvignon, vinifiés intégralement en partie (avec les rafles) et dont 5% passeront en amphores ; un assemblage inédit pour la seule propriété sur la commune de Bordeaux. Le résultat est bluffant, dès maintenant. La floralité s’exprime en puissance mais avec une très grande élégance : pivoine séchée, petites violettes, pétales de rose, le tout agrémenté d’une pointe de poivre épicé. Quant à la bouche, c’est une dentellière : la structure tannique enrobe, tout en douceur, et la fraîcheur minérale et saline du vin interpellent. A suivre de très près. 19/20

Six prototypes pour 800 flacons

On l’aura compris, 2016 fait partie des très grands millésimes de Carmes Haut-Brion ; c’est donc tout naturellement que Guillaume Pouthier a voulu mettre ce millésime doublement – voire triplement – à l’honneur en lui offrant un contenant exceptionnel : 800 exemplaires de marie-jeanne – 2,25 litres, l’équivalent de trois bouteilles – fabriqués sur mesure pour le château en édition limitée. « C’est une idée qui a germé il y a trois ans », explique-t-il. « Je voulais rendre hommage à ce lieu exceptionnel, à son héritage historique remontant au 16ème siècle, tout en nous inscrivant dans l’élan de modernité qui a été impulsé ici depuis le rachat par Patrice Pichet, avec tous les investissements et les réalisations que l’on sait. Je voulais créer un symbole, un objet qui réunirait tout cela, et qui nous permettrait aussi de remercier tous ceux qui nous soutiennent au quotidien – allocataires, courtiers, journalistes, clients les plus fidèles… »

Ainsi est née l’idée de produire cette marie-jeanne, format de flacon historiquement utilisé par les domaines viticoles mais tombé en désuétude depuis plus d’un demi-siècle. Après avoir fouillé dans les archives et enquêté auprès des verriers, Guillaume Pouthier s’est rendu à l’évidence : il allait lui falloir concevoir un moule sur mesure, qui connaîtra six prototypes différents. « L’heure était venue de convaincre le propriétaire, car la création d’un moule spécifique représente un investissement colossal (on parle d’un montant à six chiffres, NDLR), et cela avant même de mobiliser le four d’un verrier, uniquement pour produire une série de flacons de ce format, ce qui représente aussi un certain coût ». D’autant qu’en bon perfectionniste, Guillaume Pouthier a voulu aller au bout des choses : sa marie-jeanne est homothétique (aux proportions similaires en hauteur comme en largeur), moulée dessus et dessous pour prévenir les contrefaçons, en verre léger mais ultra résistant pour limiter l’impact environnemental… tout un cahier des charges à respecter. C’est donc auprès d’un verrier italien, dont le nom ne sera pas divulgué, que les équipes des Carmes Haut-Brion ont fait réaliser les 800 exemplaires de marie-jeanne. Mais ce n’est pas fini.

Une inclinaison à 22°

Absolument rien n’est laissé au hasard dans ce projet, du bouchon (calibré et traité pour empêcher toute oxydation ou déviance) à la mise sous gaz inerte, en passant par le conditionnement du flacon. Pas facile de stocker convenablement une marie-jeanne ? Qu’à cela ne tienne, chacune dispose d’un écrin attitré, en verre polyacrylique, anti-rayures, anti-UV, athermique, et garantissant une inclinaison de 22° pour que le vin soit constamment en contact avec le bouchon en portant la bulle d’air vers la paroi latérale du flacon. Tout est donc mis en œuvre pour optimiser et décupler le potentiel de garde, d’autant que c’est bien ce très grand millésime 2016 que l’on trouve dans le flacon (un millésime 2016 qui a bénéficié d’un élevage supplémentaire de 5 mois en amphore cuite à 1300°C pour apporter de la réduction et améliorer encore la capacité de vieillissement).

Voici donc cette marie-jeanne de Carmes Haut-Brion 2016 révélée dans toute sa splendeur, et sa simplicité, puisque seule une contre-étiquette vient indiquer le millésime et les mentions légales. Un objet magnifique, fruit d’un travail d’orfèvre, qui devrait ravir les collectionneurs. « Nous n’avons pas vocation à reproduire cela tous les ans, mais éventuellement pour les grands événements du château, ou certains millésimes historiques », souligne Guillaume Pouthier. Pour l’instant, il n’y a donc que 800 exemplaires disponibles pour cette œuvre d’art. 500 sont mises en marché aujourd’hui, au prix public TTC de 2900 €. Les autres seront conservées par le château ou destinées aux professionnels. Auront-ils la patience d’attendre le vin durant de longues décennies pour conserver intacte la pureté de Marie-Jeanne ?