Paris passe « Un Jour en Provence » chaque année à l’annonce du printemps. C’était le cas ce lundi 9 mars. L’occasion pour plus de 80 producteurs de présenter au Pavillon Gabriel leurs vins et le dernier millésime aux prescripteurs de la capitale venus y faire leur marché.

La tendance continue à être « Rosé »
et les Provençaux en tirent les principaux bénéfices avec une belle récolte 2014, en augmentation de 15% après deux petits millésimes. Belle en volume (1, 38 M hl soit l’équivalent de 185 millions de bouteilles) et belle en qualité, pour peu que les vignerons aient vendangé au bon moment, c’est-à-dire avant les pluies de la mi-septembre, et souvent parcelle par parcelle. Les nappes phréatiques ayant rechargé leur réserve en eau lors de l’hiver 2013-2014, elles ont permis de passer sereinement un printemps chaud et sec et un été quelque peu précoce.

Le rosé qui monte, qui monte

Les producteurs de Côtes de Provence, Coteaux d’Aix-en-Provence et Coteaux Varois en Provence continuent de jouer la carte « Rosé » pour 89% de leur production. Des vins à la robe claire et lumineuse, élaborés principalement à partir de grenache, cinsault, syrah, parfois complétés de mourvèdre et de rolle. La Provence reste leader de la couleur qui a triplé en 20 ans pour représenter désormais en France près d’une bouteille sur trois. Une tendance confirmée au niveau mondial : +20% en une décennie pour franchir la barre des 10% de la production. La France à elle seule pèse 37% de la consommation devant les États-Unis mais la couleur semble séduire également de plus en plus de Russes, d’Australiens, de Canadiens, de Britanniques… et même les Chinois si réfractaires aux rosés semblent y prendre goût, au moins pour fêter la Lune et la Saint-Valentin.

Plus de magnums

Parmi les tendances relevées sur le salon, outre une couleur toujours dans les tons pâles, une présence accrue des grands formats, notamment des magnums. Leurs ventes ne cessent d’augmenter en particulier depuis cinq ans ; elles ont encore fait un bond de 8% en 2014 pour atteindre près de 235 000 magnums. Pour le Château Saint-Maur qui décline ses vins dans une bouteille spécifique, les magnums atteignent désormais 15% des ventes. « On les retrouve chez les cavistes de Paris et de la Côte d’Azur et sur les plages de la Riviera et de Belgique, explique le directeur Marc Monrose. Notre première vitrine, c’est la plage de Knokke-le-Zoute ! ». Les grandes tables apprécient également ce format. Seul petit inconvénient : il faut expliquer que le rosé n’est pas plus foncé que les autres cuvées, qu’il s’agit juste d’une illusion d’optique due à la bouteille. « Un magnum de rosé se boit tout seul, confirme Guy Négrel du Mas de Cadenet en Sainte-Victoire. Pour les restaurants qui vendent le vin au verre, ça donne une autre dimension, surtout quand le service est fait avec le magnum sur l’épaule du sommelier ». La Bastide de Blacailloux, les Terres de Saint Hilaire… viennent d’embouteiller leur vin pour la première fois en magnum.

Des bouteilles pour se démarquer

Autre tendance, des bouteilles qui s’émancipent de plus en plus des codes traditionnels avec des étiquettes originales. Au Château Léoube qui a adopté dès 2010 des bouteilles sérigraphiées, on songe même à une bouteille exclusive. « La meilleure façon pour que l’on nous reconnaisse sur une table ou chez un caviste, et sans être copié » estime Eric Piroux, représentant du domaine. L’occasion aussi de marquer son empreinte et de signer une nouvelle stratégie valorisant davantage les vins. La Provence est d’ailleurs la région qui est parvenue à valoriser le mieux ses rosés, en moyenne à 4, 30 € (contre 2, 60 € pour les rosés en général)… Ce qui encourage son président Jean-Jacques Bréban à parler de la production provençale comme d’un « luxe accessible ».

Frédérique Hermine

magnums rosés©F.Hermine