Parmi les exposants représentant le Beaujolais pendant Lyon Tasting, le Domaine Labruyère peut se targuer d’une très longue histoire. Ravivée par une nouvelle génération, aux manettes depuis 2008.

Parce qu’il fut une époque où le Moulin-à-Vent se vendait plus cher que le Vosne-Romanée (en témoigne l’inquiétude de l’aïeul Labruyère, en 1932, se demandant ce que son ami Henri Mommessin allait bien pouvoir faire de sa nouvelle parcelle tout juste acquise, le Clos de Tart…), parce que les terroirs du Moulin-à-Vent sont magnifiques, et parce qu’Édouard a le sens du défi comme de la famille, il a repris le domaine familial en 2008, pour en faire l’un des fleurons de l’appellation.

La culture de la vigne au domaine n’a jamais cessé depuis 1830, malgré l’épisode phylloxérique qui emmena l’aïeul vers le business de l’épicerie plutôt que vers celui de la vigne. Sept générations plus tard, après une demande paternelle et avec un esprit d’entreprise qui le dispute à la passion du vin et du terroir, Édouard reprend le domaine, après une première vie passée sur les bancs de Sciences-Po Paris et les bureaux de quelques cabinets ministériels, puis à la tête d’un bureau de courtage bordelais.

Objectif simple : détenant parmi les plus belles parcelles de l’appellation, le domaine passera en cinq ans d’une production totalement destinée au vrac, à une production intégralement mise en bouteille, avec pour ligne de mire la valorisation maximale de chaque parcelle.

2013 : objectif atteint. L’époque est excitante pour Édouard, convaincu que les beaux jours du Beaujolais sont à venir. Vision partagée avec ses coreligionnaires de l’appellation, travaillant de concert avec eux (notamment le Château des Jacques, le Château du Moulin-à-Vent), pour continuer à faire grimper la côte du Moulin.

N’en déplaise aux esprits chagrins préférant catégoriser pour mieux comprendre, Édouard est à la tête non seulement du Moulin-à-Vent où sont ses racines et sa résidence, mais gère conjointement les trois autres propriétés familiales : le domaine Jacques Prieur à Meursault, le château Rouget à Pomerol et un dernier domaine en Champagne.

Il les suit tous de près, mais ne les traite pas de la même manière pour autant : « Le gamay est un enfant terrible, capable de vous donner des émotions rares que même le Pinot ne procure pas, mais qui ne pense qu’à se coucher. C’est un cépage plein de challenges ».

Palissage pour redresser l’adolescent rebelle, pratiques culturales propres à la propriété des Thorins et répondant à la complexité des terroirs, pour quatre cuvées désarmantes de qualité et d’âme : Cœur de Terroir, Champ de Cour, Carquelin et Le Clos.

Les racines puisant dans l’héritage, et le regard posé sur l’horizon, Édouard s’inspire de toutes les bonnes pratiques, qu’elles soient anciennes ou modernes. Pas un tracteur plus récent que 1979, mais un chai équipé permettant à son œnologue Nadine Gublin de chercher une vinification sans intrants.
Animé par un fort désir de transmission, il vise également à la préservation et à l’amélioration de l’écosystème des Thorins, afin de le léguer aux générations futures. Et poursuit son travail de reconnaissance des terroirs (l’appellation compte une quarantaine de profils de sols !), amorcé depuis bientôt dix ans.

Distribué dans 17 pays à l’export et présent sur les grandes tables nationales, de Bocuse au groupe Ducasse en passant par Blanc, Piège, Savoye et le Château de Bagnols en Beaujolais), Édouard souhaite aussi séduire Lyon et renouer avec elle, après que Nicolas Le Bec, aujourd’hui exilé à Shangaï, fut le premier à lui avoir fait confiance sur la place des Gaules.

« Cœur de terroir » est un assemblage de sept parcelles, où la vendange est élevée 12 mois en cuve béton après avoir été triée, égrappée, cuvée pendant 17 jours pour le 2015. Filtration et collage sont évités autant que possible. Si 2015 est un millésime qui prend le pas sur le terroir, il peut se comparer à 2009, où le terroir reprendra le dessus après plusieurs années.

Une matière détonante et une concentration qui l’est tout autant, sublimée par une fraîcheur évidente, une minéralité qui s’exprime sur un lit de fleurs, dansant avec le fruité du gamay : ce cœur est chaud, rond, frais : à croquer.

Le Champ de Cour est issu d’une parcelle de deux hectares sur la partie la plus haute de l’appellation, exposée sud et majoritairement argileuse. La vendange est entière et élevée en fût 18 mois avant de repasser en cuve et d’être mis en bouteille.

La cerise tient le premier rôle, en duo avec la pivoine, sur un décor de tanins souples et fondus, et un orchestre jouant la partition de la minéralité et de la fraîcheur. Ample, soyeux, le milieu de bouche s’étale sur les fruits rouges et la finale réglissée compose les prémices d’une longueur en bouche qui se savoure.

Carquelin est une parcelle d’un peu moins de deux hectares, partagée avec le Château des Jacques, et constituant un terroir d’anthologie : les pentes douces et l’exposition plein sud, la terre meuble et aérienne, produisent une cuvée empreinte d’une finesse et d’une élégance d’une grande séduction. Elle offre un bouquet de pivoines et de fleurs blanches assorties d’un fruit délicat et ciselé, se livre sur la fraîcheur, s’apprécie sur la tension pour se révéler finalement plus voluptueuse, et terminer le bal sur une finale fleurie et réglissée.

Quant au Clos, monopole du domaine, il a besoin d’un peu de temps pour s’apprécier. Issu d’une parcelle constituant nt une anomalie géologique, où la roche pure est maîtresse et la terre en retrait, et où quelques pieds pré-phylloxériques ont survécu, le Clos fait preuve d’encore plus de fraîcheur, d’une sublime douceur, d’une bouche poudrée plus dense que les autres cuvées, et d’une complexité aromatique faite de fruits rouges, de pivoine, de notes kirschées et d’arômes de pruneaux, pour évoluer vers un côté mentholé.

Cuvée Yin & Yang
, aboutie, elle ne livre le meilleur d’elle-même qu’avec un peu de maturité.
Laissez-vous surprendre par ces quatre cuvées lors de Lyon Tasting !