Photo Michael Boudot
Photo Michael Boudot

Le Séjour des Réconciliations célèbre sa deuxième édition sous le haut patronage de l’Unesco. Décryptage avec Pierre-Emmanuel Taittinger, président de la Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne qui a piloté l’événement.

Du classement de l’Unesco au Séjour des Réconciliations, quel a été le cheminement ?
Cette inscription extraordinaire est le résultat d’une aventure fort complexe de 10 ans portée par Pierre Cheval. Le 4 juillet 2015 à Bonn, l’Unesco a inscrit les Coteaux, Maisons et Caves de Champagne au patrimoine mondial de l’humanité, ce qui a fait passer notre champagne au dessus des nuages.
Maintenant, il faut faire vivre cette inscription. C’est tout le quotidien de la Mission Coteaux, Maisons et Caves de Champagne – patrimoine Unesco dans ses travaux régaliens. Je pense par exemple au travail d’embellissement de la Champagne : harmoniser notre territoire, supprimer un certain nombre de verrues paysagères que l’on ne remarque même plus, pancartes anarchiques, abords de villes, charpentes métalliques inutiles, etc. Avec une simple prise de conscience, 80 % de ces verrues paysagères peuvent être enlevées, c’est pourquoi nous avons lancé des opérations « nez en l’air » avec des photographes.
Aux côtés de ces travaux régaliens, nous avons pensé qu’il fallait créer un événement fédérateur qui nous rassemble tous. Le champagne, c’est la célébration, c’est la fête, c’est le partage, c’est la solidarité. C’est une manière d’être au cœur des valeurs de l’Unesco qui prône la paix par la science et la culture. Le séjour des Réconciliations associe un dîner de gala, des conférences, un lâcher de lanternes, des célébrations et se ponctue par une grande marche dans le vignoble. Cette aventure qui ne fait que commencer sera un jour un très grand événement international, j’en suis certain.

Le samedi 24 juin à 22h30, des milliers de lanternes ont été lâchées depuis 10 lieux en Champagne, mais aussi depuis d’autres sites classés Unesco (Canal du Midi, Mont St-Michel, Cathédrale de Bourges et depuis les Climats de Bourgogne).


Le champagne, c’est le vin de la fête, il y a un côté assez léger associé au mot. Vous y ajoutez le mot réconciliation, qui est lourd de sens, mais peut faire peur. Comment fait-on le lien ?

Le lien, c’est simple. Le Chancelier Adenauer et le Général de Gaulle ont choisi de venir se réconcilier à Reims, dans la cathédrale classée au patrimoine Unesco. Ils ont sûrement choisi le champagne, ils ont trouvé qu’une réconciliation c’était champagne. Ils ont choisi la paix, et le champagne est pétillant de valeurs pacifiques.
Et puis la réconciliation, c’est une démarche joyeuse. C’est très vaste le sujet des réconciliations. Mon ami Philippe Pozzo di Borgo qui est tétraplégique – celui du film Les Intouchables, qui était avant son accident directeur général de la maison de champagne Pommery – m’a dit « C’est une idée formidable, et la première des réconciliations c’est celle avec soi-même et avec la vie. » C’est la réconciliation de l’Homme frappé par un accident, une grave maladie, un drame personnel, une dépression, une grande difficulté.
Nous avons développé ce thème. Se réconcilier, c’est aussi avec le patrimoine, avec l’environnement. C’est se réconcilier entre gens qui ne se parlent plus, entre familles déchirées, entre villages. La réconciliation, ce n’est pas un état, c’est une démarche. C’est un mot pour lequel nous sommes légitimes en Champagne, cette terre [qui a connu tant] de guerres où l’on fait aujourd’hui le vin du bonheur.

La candidature à l’Unesco a été lancée par la filière du champagne, mais le Séjour des Réconciliations va bien au-delà et porte non seulement Le mais La Champagne.
L’idée du classement à l’Unesco a tout d’abord été insufflée par une jeune étudiante de Néoma, et cette brillante idée a tout de suite fait étincelle auprès du Comité Champagne, puis elle a essaimé et été reprise par la filière champagne. Mais aujourd’hui ces valeurs Unesco touchent toute une région, tout un ensemble – forces économiques, sociales, culturelles, sportives, universitaires – c’est toute une population qui porte ce thème de la Réconciliation.
Et puis le nouveau Président de la République nous a beaucoup aidés puisqu’il n’a pas arrêté depuis deux mois de parler de la Réconciliation et de marche avec son mouvement ! Mais on a été en avance (!), on a créé ce Séjour des Réconciliations un peu avant, et puis la Marche des Réconciliations, on l’a aussi créée avant [lui]. Vous voyez, finalement nous avons des idées qui sont reprises et un jour nous aurons peut-être le président de la France qui viendra en Champagne marcher avec nous !

Après Hautvillers (Marne), la deuxième Marche des Réconciliations s’est déroulée sur la commune des Riceys dans l’Aube (ici une halte musicale annimée par la Banda Soifés et le Champagne Clérambault). Elle est prévue l’année prochaine à Château-Thierry (Aisne), pointe septentrionale du vignoble de Champagne située à 1 heure de Paris.

Quel est le bilan de ce premier Séjour des Réconciliations ?
Le gala, le lâcher des lanternes ont été de grands succès. Pour la marche des Riceys, il y aurait pu il y avoir plus de monde – nous avons enregistré 1000 marcheurs – mais pour ceux qui sont venus, ce fut un moment de grâce. Les gens ont été émerveillés. Ils ont redécouvert la Champagne où ils sont parfois nés mais qu’ils n’avaient jamais vue ainsi, au rythme de leur pas dans les vignes. Aujourd’hui où l’on va à 200 à l’heure, où l’on prend sa voiture pour aller d’un point A à un point B, marcher est aussi une forme de réconciliation.